L'acier wallon attend toujours son sauveur

C’est en principe dans quelques jours que le groupe de travail, mis en place par le gouvernement wallon fin janvier dernier, se réunira pour établir un premier bilan.

L'acier wallon attend toujours son sauveur
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Yves Cavalier

C’est en principe dans quelques jours que le groupe de travail, mis en place par le gouvernement wallon fin janvier dernier, se réunira pour établir un premier bilan. Cette "task-force" a pour objectif de mettre tous les "stakeholders", toutes les parties prenantes au dossier ArcelorMittal, autour d’une même table. Tous, soulignons-le, sauf le groupe ArcelorMittal lui-même. C’est-à-dire que l’on retrouve, autour du ministre de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS) et ses juristes, les représentants locaux, les syndicats mais aussi des membres du gouvernement fédéral et des institutions concernées par le projet industriel (Forem, Spaque, Sogepa), sans oublier les représentants du consultant Roland Berger et ceux de la Banque Degroof, mandatés par le gouvernement wallon.

Cela fait beaucoup de monde et donc beaucoup d’avis et de propositions à entendre et à défendre dans la recherche d’une alternative à la fermeture de 7 des 12 sites de "froid" du bassin liégeois. Mais il ne faut se faire aucune illusion. Cette première réunion sera celle des constats. On devra y définir trois grandes zones d’intervention.

1. Les avocats auront sans doute la mission la plus délicate, mais aussi la plus déterminante, pour poursuivre l’analyse. Sur le plan juridique, de quels outils dispose-t-on pour amener Mittal à revoir sa position ? Non pas à renoncer à la fermeture mais à accepter de vendre les outils qu’il ne souhaite plus conserver aujourd’hui. Quelles sont les bases juridiques d’une réquisition ou d’une expropriation ? Les moyens de pression ? Les contraintes environnementales ? On n’aura pas les réponses, mais on y verra plus clair.

2. Le consultant devrait pour sa part définir les contours d’un plan industriel alternatif. Il ne faut pas en attendre de solutions miracles. " Globalement, l’analyse de Mittal est correcte : il y a surcapacité , admet un proche du dossier. Mais Mittal fonctionne selon la formule Rockefeller : il a voulu contrôler toute la chaîne de l’amont à l’aval. Si on se limite à l’aval, il y a probablement des niches à valoriser . Certes, une cokerie ne vaut plus rien aujourd’hui mais il peut y avoir d’autres pistes qui intéressent des clients en quête de diversification de leurs sources d’approvisionnement ." Pour un client comme VW, savoir qu’il peut y avoir une ligne de galvanisation performante et alternative à celle de Mittal à proximité de son site de production, peut être intéressant. C’est la piste des niches qu’il faudra étudier.

3. Quant à la banque d’affaires, elle a pour mission d’identifier les candidats repreneurs. " Probablement extraeuropéens ", nous précise-t-on. Ce qui suppose les pays de l’Est, jusqu’en Russie, bien sûr, mais aussi la Chine, l’Inde ou l’Afrique du Nord !

En fin de compte, l’horizon semble un peu moins bouché qu’il n’y paraît. Mais reste donc la condition que Mittal accepte de céder ou soit contraint de le faire. C’est loin d’être gagné. Et surtout, reste un domaine qui, lui, est du ressort du politique : à côté de ce plan industriel éventuel et d’un repreneur potentiel, quel plan social ? La solution industrielle sur laquelle on pourrait déboucher impliquera-t-elle pour autant la sauvegarde de l’emploi ? Rien n’est moins sûr. On table sur une réponse pour Pâques.


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