Compte d’épargne, perte d’argent

Vu la montée de l'inflation, les taux d’intérêt sont en réalité négatifs, ce qui signifie une perte du pouvoir d'achat pour les ménages. Une opinion de Bernard Keppenne, chief Economist CBC Banque&Assurance.

Compte d’épargne, perte d’argent
©OLIVIER PIRARD

Vu la montée de l'inflation, les taux d’intérêt sont en réalité négatifs, ce qui signifie une perte du pouvoir d'achat pour les ménages. Une opinion de Bernard Keppenne, chief Economist CBC Banque&Assurance.

Les Belges privilégient la sécurité et continuent à placer leurs économies sur leurs comptes d’épargne malgré des taux d’intérêt très bas. Fin 2012, 235,79 milliards d’euros étaient ainsi placés sur ces comptes, selon les chiffres de la Banque nationale de Belgique. Pourtant, l’envolée des encours sur les comptes d’épargne est assez paradoxale car les taux d’intérêt offerts actuellement sont très bas.

Etant donné la montée de l’inflation, les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne sont en réalité négatifs, ce qui signifie une perte de pouvoir d’achat pour les ménages. Et le paradoxe ne s’arrête pas là : plus les taux baissent plus l’encours des comptes d’épargne grimpe. Fin 1998, ce dernier s’élevait à 91 690 milliards d’euros et le rendement se situait à 3,24 %. Fin 2012, l’encours est passé à 235,79 milliards d’euros alors que le taux d’intérêt tournait autour de 1 %.

En appliquant le principe élémentaire de précaution, rappelons tout d’abord que le compte d’épargne est indispensable dans un portefeuille de placement. Il doit demeurer la réserve de référence absolue pour absorber les aléas de la vie. Il n’y a pas de règles strictes en la matière, mais on estime en général qu’un compte d’épargne devrait couvrir environ une année de salaire. Par contre, dans le contexte actuel, à savoir des taux aussi faibles, il faut attirer l’attention des investisseurs sur l’ineptie de garder sur ces comptes d’épargne des sommes dépassant de loin cette réserve financière.

La crise que nous traversons depuis 2008 explique en grande partie cette explosion des encours sur les comptes d’épargne. Alors que sur dix ans, l’encours a augmenté de 56 %, la progression a été de 65 % sur ces quatre dernières années. Quand les taux étaient très élevés, le choix du compte d’épargne ou du compte à terme était évident et ne souffrait aucun doute. Aujourd’hui, en sachant que l’intérêt généré est un intérêt réel négatif, il est indispensable de procéder à une saine diversification de son portefeuille.

Comme le soulignait l’économiste Elie Cohen dans son livre "Penser la crise" : " Keynes avait encore une fois bien vu l’importance de la recherche de liquidité dans l’évolution des prix du marché. Il dénonce en effet le ‘fétichisme de la liquidité’ dont font preuve les investisseurs, qui lui paraît être une absurdité."

Dans un contexte qui demeure délicat et compliqué, une saine diversification de ses avoirs dans d’autres investissements doit compléter le compte d’épargne. Car, finalement, en voulant à tout prix se protéger et en recherchant envers et contre tout le placement le moins risqué, les épargnants se retrouvent dans la situation absurde de perdre de l’argent.

En outre, notons que, dans l’état actuel des choses, la Belgique représente une aubaine pour les banques étrangères qui disposent d’une filiale ou d’une succursale sur notre territoire. Grâce à l’épargne des Belges, des banques étrangères se financent sans risque et surtout provoquent une fuite des capitaux en dehors de la Belgique.

Non seulement ces fonds peuvent servir à apurer des carences des banques dans les pays concernés, mais cette épargne ne sert pas à la consommation. En outre, en cas de défaillance d’une de ces banques, l’Etat belge devrait rembourser à concurrence de (maximum) 100 000 euros les clients qui ne pourraient récupérer leurs avoirs (système de protection des dépôts), alors que ces fonds ne sont même plus en Belgique !

Les perspectives économiques semblent montrer que les taux d’intérêt devraient encore rester bas tout au long de l’année 2013. Ils pourraient même encore baisser si le redémarrage dans la zone euro ne se concrétise pas au milieu de l’année. Dans le monde en perpétuelle évolution où nous vivons, l’épargnant doit donc opter au plus vite pour une saine diversification de ses investissements, l’inertie pouvant se révéler désastreuse


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