La colère de Moscou contre la taxe sur les dépôts bancaires

La Russie a dénoncé lundi comme "injuste" et "dangereuse" l'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires acceptée par Chypre en échange d'une aide internationale.

La colère de Moscou contre la taxe sur les dépôts bancaires
©AP
AFP

La Russie a dénoncé lundi comme "injuste" et "dangereuse" l'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires acceptée par Chypre en échange d'une aide internationale, dont le coût représente des milliards d'euros pour les fortunes russes placées sur l'île.

Le président russe Vladimir "Poutine a dit que cette décision, si elle est adoptée, sera injuste, non professionnelle et dangereuse", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences russes.

L'agence Moody's a évalué à 19 milliards de dollars les seuls avoirs de sociétés russes placés à Chypre, auxquels s'ajoutent 12 milliards de dollars d'avoirs de banques russes dans des établissements chypriotes.

Avec de telles sommes, la Russie se trouve en première ligne après l'annonce d'un plan d'aide à l'île méditerranéenne, qui comprend une taxe sur les dépôts bancaires.

La Bourse de Moscou perdait plus de 2% en début d'après-midi. "Chypre est bien connu pour le blanchiment d'argent. Cette décision peut s'expliquer par la réticence des pays du Nord de l'Europe à venir en aide à des non-résidents qui bénéficient d'un système financier laxiste", ont observé les analystes de la banque Natixis.

Cette taxe exceptionnelle demandée par les bailleurs de fonds (Bruxelles et le Fonds monétaires international) s'élève à 9,9% au delà de 100.000 euros de dépôts. Elle entraînerait selon les experts cités lundi par la presse russe une perte d'environ deux à trois milliards d'euros pour les seuls ressortissants russes.

Le ministre russe des Finances Anton Silouanov a regretté une décision prise sans concertation par l'UE et menacé de revenir sur sa proposition d'assouplir les conditions du crédit de 2,5 milliards de dollars accordé à Nicosie en 2011. Son homologue chypriote Michalis Sarris était attendu mercredi à Moscou, une visite qui avait été dans un premier temps fixée à lundi.

Dans la presse, les critiques étaient également très vives.

Cette mesure "est un acte barbare de type soviétique", estime l'expert Pavel Medvedev, cité par le journal pro-gouvernemental Izvestia.

"Seuls les bolchéviks pratiquaient de telles choses pendant la guerre! Aucun autre pays au seuil d'une faillite n'a jamais agi de la sorte", s'indigne le milliardaire Alexandre Lebedev, cité par le quotidien.

Sur son compte Twitter, l'homme d'affaires, réputé critique du pouvoir, a assuré qu'il ne détenait que 50.000 dollars à Chypre: "le reste est investi dans l'économie russe".

Le milliardaire Mikhaïl Prokhorov a jugé que Bruxelles avait "placé une mine sous l'idée d'une Europe unie, et ce n'est pas parce que cela touche des hommes d'affaires russes, qui peuvent survivre à une perte de deux ou trois milliards". Chypre est la première destination des fuites de capitaux russes, qui s'est établie à plus de 56 milliards de dollars en 2012, dont 35 milliards considérés par la banque centrale comme des transferts illégaux.

"Les plus mécontents vont probablement chercher de nouveaux endroits pour placer leur argent", a prévenu Alexandre Zakharov, de la firme de conseil fiscal Paragon Advice Group.

Pour autant, "je pense que les fuites de capitaux ne vont pas diminuer, mais qu'à la place apparaîtra un autre pays qui deviendra le premier investisseur dans l'économie russe", ajoute-t-il, interrogé par l'AFP.

Les sommes considérables placées à Chypre, qui font le chemin inverse quand il s'agit de les utiliser, font de l'île le premier investisseur en Russie. Nicosie est à l'origine de 20% des investissements étrangers accumulés en Russie.

Pour l'économiste Julia Tsepliaeva, de BNP Paribas, une taxe sur les dépôts pourrait freiner les fuites de capitaux, le temps de trouver de nouvelles destinations.

"Mais ce qu'il faut pour corriger les fuites de capitaux, (...) c'est que le climat d'investissement en Russie devienne plus attractif", explique-t-elle à l'AFP.

Néanmoins, "faute de payer 10% (de taxe, ndlr), c'est tout le système bancaire de Chypre qui s'effondrera. Et les Russes ont l'expérience de 1998, quand ils n'avaient pas perdu 10%, mais tout" lorsque le pays s'était trouvé plongé dans une grave crise financière, observe l'analyste.

Taxe sur les dépôts bancaires: le débat parlementaire repoussé à mardi

Le débat parlementaire à Chypre sur le plan de sauvetage européen de l'île prévoyant une taxe impopulaire sur les dépôts bancaires a été repoussé à mardi, a annoncé le président du Parlement Yiannakis Omirou.

Le vote est reporté à mardi 16H00 GMT, a indiqué aux journalistes M. Oumirou. Il s'agit du deuxième report depuis samedi du vote sur cette mesure prévoyant un prélèvement pouvant atteindre jusqu'à 9,9% sur tous les dépôts bancaires.


Sur le même sujet