L'UE veut toujours sauver Chypre, mais pas à n'importe quel prix

L'Union européenne assure qu'elle ne lâchera pas Chypre, tout en rappelant ses lignes rouges pour le sauvetage du pays: ne pas débourser plus de 10 milliards d'euros et ne pas voir la dette du pays gonfler au-delà du supportable.

L'UE veut toujours sauver Chypre, mais pas à n'importe quel prix
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AFP

L'Union européenne assure qu'elle ne lâchera pas Chypre, tout en rappelant ses lignes rouges pour le sauvetage du pays: ne pas débourser plus de 10 milliards d'euros et ne pas voir la dette du pays gonfler au-delà du supportable.

Alors que le rejet mardi par le Parlement chypriote a plongé l'UE dans l'incertitude, les responsables européens affirment en choeur qu'ils tendent toujours la main à Nicosie. Mais pour mieux rappeler qu'ils ne veulent pas venir à la rescousse de l'île à n'importe quel prix, et souligner que la balle est dans son camp.

"Je confirme que l'Eurogroupe est prêt à aider Chypre dans ses efforts de réformes, et réitère la proposition de l'Eurogroupe telle que je l'ai présentée lundi", a déclaré mardi soir le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem.

Le plan prévoyait un prêt de 10 milliards d'euros de la zone euro et du FMI pour l'île au bord de la faillite. Chypre s'engageait de son côté à dégager les 7 milliards restants pour financer ses besoins, dont 5,8 milliards avec une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires.

C'est ce prélèvement sans précédent, touchant tous les déposants, y compris les moins fortunés, qui a suscité la colère de la population, ébranlé le système financier et finalement fait reculer le gouvernement chypriote.

La Commission européenne a enfoncé le clou mercredi. "C'est désormais aux autorités chypriotes de présenter une solution alternative qui respecte le critère de soutenabilité de la dette et les paramètres financiers correspondants", a affirmé Olivier Bailly, un porte-parole de la Commission.

Si Chypre recevait un prêt plus important de la zone euro et du FMI, sa dette dépasserait mécaniquement le seuil de 100% du PIB en 2020 retenu dans le plan de sauvetage initial.

Au cours d'un entretien avec son homologue chypriote Nicos Anastasiades, le président français François Hollande a été très clair, en "insistant sur l'importance d'une solution durable et de la contribution convenue de Chypre à ce plan de sauvetage".

L'Allemagne, qui a toujours fait de la lutte contre le blanchiment d'argent dans les banques chypriotes un point central, a soutenu une solution mettant à contribution les déposants, parmi lesquels de grosses fortunes russes.

"Chypre est notre partenaire dans la zone euro, c'est pourquoi c'est notre devoir de trouver ensemble une solution", a déclaré mercredi la chancelière Angela Merkel. Mais le secteur bancaire "doit apporter une contribution pour rendre la dette soutenable", a-t-elle aussitôt ajouté.

Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a été encore plus clair. Pour lui, Chypre est "seule responsable" de ses problèmes et elle doit réformer son système bancaire "complètement surdimensionné".

Même si Chypre trouvait d'autres moyens que la taxe pour financer sa contribution, notamment grâce aux Russes, "il n'est pas évident que l'Eurogroupe l'accepte", estime ainsi Carsten Brzeski, analyste à la banque ING. Mais le temps presse. Comme le souligne M. Brzeski, dans l'immédiat, "rouvrir les banques sans une solution conduirait à une fuite massive des capitaux". Des dizaines de milliards quitteraient l'île, entraînant l'effondrement du système bancaire.

Chypre doit aussi faire face début juin à une importante échéance de remboursement de dette. Par ailleurs, la Banque centrale européenne (BCE) a réaffirmé son engagement à fournir autant de liquidités que nécessaire aux banques chypriotes. Mais elle a souligné que cela n'est valable que tant qu'elles restent solvables, ce qui n'est possible précisément que si Nicosie bénéficie d'un plan d'aide qui permette la recapitalisation de ses banques.

Les contacts se multipliaient donc mercredi au niveau européen, parallèlement au déplacement du ministre chypriote des Finances à Moscou pour demander le soutien de la Russie.

Le commissaire européen chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, a décidé de ne pas participer à une rencontre prévue jeudi entre la Commission et le gouvernement russe à Moscou pour se consacrer pleinement à la gestion de cette crise.

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