Chypre: la zone euro prête à discuter d'une nouvelle proposition

La Banque centrale chypriote a proposé une restructuration du secteur bancaire de l'île. Le vote du Parlement sur des projets de loi instituant un fonds de solidarité est reporté à vendredi.

Chypre: la zone euro prête à discuter d'une nouvelle proposition
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La zone euro s'est dite prête jeudi soir à discuter avec les autorités chypriotes d'une proposition alternative à la taxe des dépôts prévue dans le plan de sauvetage et qui a provoqué un tollé dans le pays.

"L'Eurogroupe se tient prêt à discuter avec les autorités chypriotes d'une nouvelle proposition qu'elles doivent lui soumettre le plus rapidement possible", indique le président de ce forum, Jeroen Dijsselbloem, dans un communiqué publié à l'issue d'une conférence téléphonique des ministres des Finances de la zone euro.

La zone euro est toujours disposée à venir en aide à Chypre, au bord de la faillite, "à condition que les paramètres définis au préalable soit respectés", affirme M. Dijsselbloem. Les bailleurs de fonds potentiels de Nicosie -- UE et FMI-- refusent notamment de lui prêter plus de 10 milliards d'euros et tiennent à ce que sa dette n'aille pas au-delà de 100% du PIB en 2020.

Ils souhaitent en outre que le pays mette en place une taxe sur les dépôts bancaires qui s'appliquerait uniquement aux dépôts au-dessus de 100.000 euros. "L'Eurogroupe réaffirme l'importance de garantir totalement les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros" dans l'Union européenne , poursuit le communiqué.

La protection des dépôts bancaires en-dessous du seuil de 100.000 euros a été ardemment défendue par les grands argentiers de la zone euro après le tollé provoqué par un premier projet prévoyant une taxe sur tous les dépôts, qu'ils avaient pourtant soutenu pendant le week-end.

Le plan initial prévoyait que 5,8 milliards proviennent de cette taxe inédite et très controversée, mais il a été rejeté mardi par le Parlement chypriote. Les Européens et le FMI doivent donner leur aval à une nouvelle proposition chypriote censée confirmer la contribution de 7 milliards d'euros que Nicosie doit verser en contrepartie de leur aide de dix milliards.

Le vote du Parlement sur un fonds de solidarité reporté à vendredi

Le Parlement chypriote a reporté à vendredi le vote sur des projets de loi instituant un fonds de solidarité et imposant une limitation des mouvements de capitaux pour éviter les retraits massifs à la réouverture des banques prévue mardi.

Les députés ont dit avoir besoin de plus de temps pour examiner cette législation, un point clé du "plan B" que les autorités chypriotes ont jusqu'à lundi pour présenter à l'Eurogroupe en vue de sauver les banques et l'île de la faillite.

Le fonds de solidarité nationaliserait les fonds de pensions d'entreprises publiques et semi-publiques, avec des obligations émises en échange de revenus futurs liés aux gisements de gaz naturel récemment découverts au large de l'île.

Selon le texte de loi, l'objectif du "Fonds de solidarité nationale" sera d'"apporter une assistance financière aux institutions", de "promouvoir et contribuer à la capitalisation et la recapitalisation des institutions de crédit" et de "contribuer au financement de la République".

En outre, une loi sur les transactions financières doit viser "à imposer des mesures restrictives aux mouvements des capitaux", compte tenu de "l'urgence de la situation et en vue de la sauvegarde de l'ordre public et de la sécurité".

Chypre: le système bancaire en sursis?

La Banque centrale chypriote a proposé une restructuration du secteur bancaire de l'île, plombé par son exposition à la dette grecque et menacé de banqueroute dans les prochains jours, a annoncé jeudi soir son gouverneur Panicos Demetriades. La Banque centrale "a recommandé la présentation en urgence au Parlement et l'application immédiate d'un cadre législatif sur la réorganisation et la relance du système bancaire chypriote", a déclaré M. Demetriades avant d'entrer au palais présidentiel, où étaient réunis en soirée les responsables politiques du pays.

"Cette procédure de consolidation va parer au risque de faillite de banque et protéger dans leur intégralité tous les dépôts assurés jusqu'à un montant de 100.000 euros (129.000 dollars)", a-t-il ajouté. "Elle met aussi en place les conditions d'une reprise du secteur bancaire et garantit les emplois", a-t-il ajouté.

Les Chypriotes craignent un effondrement du système bancaire

"Des rumeurs disent que la banque ne va plus jamais rouvrir. Je veux retirer autant de liquide que possible": Phaedon Vassiliades fait la queue devant un distributeur automatique à Nicosie, inquiet comme beaucoup de Chypriotes d'un effondrement du système bancaire.

Sur l'île au bord de la faillite, les banques sont fermées et tous les virements sur internet impossibles depuis près d'une semaine, et ce au moins jusqu'à mardi.

Les habitants défilent depuis samedi devant les distributeurs automatiques, mais les files d'attentes se sont particulièrement allongées jeudi devant ceux de la Popular Bank (Laiki en grec), les clients craignant une fermeture définitive de la deuxième banque de Chypre.

La porte-parole de la Banque centrale chypriote, Aliki Stylianou, a cependant démenti cette éventualité jeudi après-midi.

"J'ai près de 60.000 euros d'économies dans cette banque (...) Je ne sais pas si je vais jamais pouvoir les récupérer", précise M. Vassiliades, fonctionnaire à la retraite en fauteuil roulant rencontré par l'AFP sur la rue Ledra, une des artères les plus commerçantes de Nicosie.

Derrière lui, des hommes et des femmes attendent nerveusement pour retirer eux aussi autant d'argent que possible, pendant que les touristes les prennent en photo. Des queues similaires se sont formées devant nombres d'autres distributeurs de cette banque dans toute la capitale chypriote.

Beaucoup de clients redoutent une éventuelle fusion, évoquée mercredi dans les médias locaux, entre la Popular Bank et la Bank of Cyprus, la plus importante du pays, elle aussi menacée d'effondrement.

"Cela fait des années que ces banquiers nous ont abandonnés. Il y a quelques années, j'ai investi dans des obligations de la banque, et elles aussi n'ont plus de valeur", dénonce Takis Photiades, un instituteur à la retraite, qui retire de l'argent.

"Nous sommes maudits. C'en est fini de nos beaux jours", estime Neophytos Constantinides, employé dans une compagnie d'assurances.

"La Laiki Bank sera la première à couler parce qu'elle a beaucoup d'argent russe et que l'UE veut frapper la Russie. Nous sommes pris en tenailles entre les deux", dénonce un autre épargnant, sous couvert d'anonymat.

"L'Union européenne nous a laissés tomber. Il est temps de faire revenir la Russie pour donner une leçon à l'UE", lance alors un homme énervé qui refuse ensuite de parler à l'AFP.

Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, est parti mardi en Russie chercher une solution de rechange au plan de sauvetage européen de 10 milliards d'euros conclu le 16 mars mais rejeté par le Parlement chypriote parce qu'il s'accompagnait d'une taxe inédite sur tous les dépôts bancaires.

Mais les clients de la Popular Bank n'ont plus du tout confiance dans les efforts du gouvernement.

"Chypre est en train de couler. Ils (l'UE et la communauté internationale) sont prêts à laisser Chypre couler", estime Gautam Kapoor, un Britannique travaillant pour une entreprise de métaux grecque.

"Les marchés ont déjà pris en compte la débâcle de Chypre. Personne ne va plus jamais faire confiance à Chypre. Je veux juste retirer autant d'argent que possible puisque même les stations-essences et les magasins n'acceptent plus que de l'argent liquide", affirme-t-il, pragmatique.

Photoulla Zantis, la gérante d'une station service voisine, confirme n'accepter que les espèces. "Je n'ai pas le choix. Je dois payer mon fournisseur de carburant en liquide, donc je n'accepte que du liquide", explique-t-elle à l'AFP.

"Tout se fait en liquide maintenant. Dans la situation actuelle, seul un parieur accepterait des chèques", estime M. Vassiliades.

La Popular Bank, très menacée, limite les retraits d'espèces

La Popular Bank, deuxième banque de Chypre et l'une des plus menacées de faillite dans les prochains jours en raison de son exposition à la dette grecque, a annoncé jeudi soir une limitation à 260 euros par jour à ses guichets automatiques. L'ensemble des banques du pays sont fermées depuis le 16 mars, dans l'attente d'un plan de sauvetage de l'île au bord de la banqueroute, et les files d'attente se sont particulièrement allongées jeudi aux distributeurs de la Popular Bank (Laiki en grec), sur fond de rumeurs de fermeture ou de fusion.

Alors que les responsables politiques du pays étaient encore réunis au palais présidentiel pour examiner un plan B après le rejet par les députés chypriotes des conditions draconiennes du plan de sauvetage européen conclu samedi, quelque 200 personnes manifestaient devant le Parlement. "Ne touchez pas à Laiki", "Maintenant la Laiki Bank, et quoi ensuite ? " scandaient les manifestants, parmi lesquels beaucoup de femmes, alors qu'un important dispositif policier bloquait tout accès au bâtiment.

Beaucoup de manifestants ont crié leur colère contre l'Allemagne et sa chancelière Angela Merkel, estimant leur devoir les conditions imposées en échange du plan de sauvetage pour l'île et ses banques au bord de la faillite. "Nous ne serons pas les esclaves de l'Allemagne", proclamait une pancarte. La première banque du pays, Bank of Cyprus, a exhorté jeudi les responsables politiques de l'île à parvenir d'urgence à un accord avec l'Eurogroupe sur un plan d'aide pour éviter la ruine de l'île.


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