Chypre, un fiasco que personne n’assume

Il ne faut pas tourner autour du pot : la façon dont l’Eurogroupe a tenté de résoudre le problème chypriote a tourné au fiasco.

Chypre, un fiasco que personne n’assume
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Olivier le Bussy

Il ne faut pas tourner autour du pot : la façon dont l’Eurogroupe a tenté de résoudre le problème chypriote a tourné au fiasco. Un des éléments du programme d’aide conclu dans la nuit du 15 au 16 mars prévoyait de mettre à contribution les épargnants pour sauver les banques chypriotes, en instaurant une taxe sur les dépôts bancaires - de 6,75 % pour les comptes de moins de 100 000 euros, de 9,9 % pour les autres. "Une décision incompréhensible et illégale, parce qu’elle contrevient à la décision européenne de 2008 de garantir les dépôts bancaires jusqu’à 100 000 euros", estime l’économiste Karel Lannoo, du "Centre for European Policy Studies".

"Aucun participant (de l’Eurogroupe) ne s’attendait à une réaction aussi négative, non seulement de la population, mais aussi de la presse et des économistes", commente un diplomate. "Après, il y a eu un ajustement (Chypre a annoncé que les comptes de moins de 20 000 euros seraient exemptés de cette taxe et l’Eurogroupe a rappelé l’importance garantir les dépôts jusqu’à 100 000 euros, NdlR) , mais le mal était déjà fait. Le Parlement chypriote n’avait pas d’autre choix que celui de dire non", ajoute la même source.

Résultats : Chypre est toujours au bord de la faillite, sa population est rouge de colère et son secteur bancaire reste menacé d’effondrement. La Russie est furieuse - les avoirs de ses ressortissants à Chypre sont estimés entre 15 et 20 milliards d’euros. "Last but no least", l’image de l’Union européenne a (encore) été écornée.

C’est pas moi, c’est l’autre

Qui est responsable de ce ratage ? La Commission européenne assume avoir soutenu l’accord, même si "tous les éléments du programme d’aide ne correspondaient pas (à ses) propositions et préférences", a indiqué, mercredi, un de ses porte-parole, Olivier Bailly, citant un communiqué. Via lequel la Commission renvoie la balle vers les Dix-sept : "Les décisions sont prises par les Etats membres [ ], y compris Chypre".

Certains pays de la zone euro n’en n’ont pas moins remis en cause l’accord conclu. Paris a toujours défendu "une position qui consistait à ne taxer les dépôts qu’à partir de 100 000 euros", a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Peut-être. "Mais cet accord, tout le monde l’a signé", rappelle la source diplomatique.

Qui donc tenait à taxer les épargnants ? L’Allemagne, la Finlande, la Slovaquie, les Pays-Bas, mais aussi le Fonds monétaire international, insistaient pour que les détenteurs de comptes dans les banques chypriotes contribuent au renflouement de celles-ci, à hauteur de 5,8 milliards d’euros. Parce qu’il n’était pas question, pour Berlin, de secourir financièrement un secteur hypertrophié, offrant des taux d’intérêt très généreux (5,5 %) à ses déposants. Et soupçonné, qui plus est, de blanchir l’argent, des oligarques russes notamment.

A charge de Chypre de décider comment répartir l’effort. Selon plusieurs sources, le président Nicos Anastasiades et son ministre des Finances, Michalis Sarris, ont cherché à protéger les riches déposants russes, en évitant une taxe à deux chiffres. Quitte à "sacrifier" les petits épargnants. "L’impression est que le Président a cherché à préserver le statut de paradis fiscal de Chypre", commente une source proche des négociations. De retour à Nicosie, M. Anastasiades s’est présenté en victime de l’Eurogroupe, ce que certains de ses partenaires n’avalent pas.

Mais au-delà du cas chypriote, le problème tient au fait que "l’Eurogroupe n’est pas institutionnalisé", déplore Karel Lannoo. "Ni la Commission (à part la direction générale Ecfin, NdlR) , ni le Parlement européen, ni la plupart des Parlements nationaux ne sont informés de ce qui s’y passe. Et après, il faut ajuster ce qui a été fait".

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