Chypre: "risque de paniques bancaires"

"Certaines erreurs ont été corrigées". "Il est toutefois trop tard. D'autres mouvement de panique bancaire ne sont pas exclus", déclare Eric Dor, Directeur de la recherche IESEG School of Management (Université Catholique de Lille). Entretien

Chypre: "risque de paniques bancaires"
©AP
Pierre Loppe

Comment se compare le nouveau plan de sauvetage de Chypre à celui que le parlement avait refusé il y a une semaine ? Etes-vous moins critique qu'il y a huit jours ?

Certaines erreurs ont été corrigées. Cette fois, tous les dépôts assurés en dessous de 100000 euros sont protégés, même ceux de Laïki, liquidée, ou de Bank of Cyprus, restructurée. C’est de nouveau cohérent avec la politique européenne en la matière, qui a pour but d’éviter des paniques bancaires dans les pays de la zone euro. De même, il semble cette fois que les dépôts localisés dans les autres banques chypriotes, celles qui ne sont pas restructurées, échappent à toute ponction même quand ils sont supérieurs à 100000 euros. C’est plus cohérent économiquement, puisque la logique est que ce sont les créanciers des banques en détresse, qu’ils soient actionnaires, détenteurs d’obligations ou gros déposants, qui doivent participer au coût de leur recapitalisation. Au contraire les créanciers des banques bien gérées sont préservés. De cette manière les investisseurs sont incités à privilégier les banques prudentes.

La population est-elle mieux traitée avec le nouveau plan ?

Cela dépend de quel point de vue. Normalement, les petits déposants sont mieux traités puisque cette fois leurs dépôts sont préservés. Encore faut-il qu’en cas de nouvelle crise bancaire l’Etat puisse effectivement emprunter au fonds européen de quoi indemniser les déposants, puisqu’il avoue lui-même ne pas en avoir les moyens. Les gros déposants domestiques des grosses banques, liquidée ou restructurée, vont par contre perdre encore plus.

Surtout la réduction de taille du secteur financier, principal employeur du pays, va propulser le taux de chômage à des sommets. La récession va être extrêmement forte. La baisse des recettes fiscales va aussi provoquer une austérité budgétaire très pénible.

Par ailleurs, tous les déposants, même ceux des banques saines, vont subir très longtemps l’effet des restrictions mises en place pour éviter des retraits massifs et des fuites de capitaux.

Est-il logique d’imposer cette fois des pertes aux créanciers des banques alors qu’ils ont été préservés dans les plans de sauvetage précédents, pour d’autres pays ?

Jusqu’à présent effectivement il n’y a que les détenteurs privés d’obligations souveraines grecques qui ont dû subir des pertes suite à un plan européen. A part les actionnaires, les déposants et autres créanciers des banques avaient toujours été préservés dans les pays sous programme. Les chypriotes peuvent avoir l’impression d’avaoir été moins bien traités que les autres, même sans nier la responsabilité énorme de leurs dirigeants dans le passé. Au moment de la restructuration de la dette souveraine grecque, puisqu’on a trouvé normal de recapitaliser les banques grecques avec le fonds européen, les autorités européennes auraient dû également recapitaliser les banques chypriotes suite aux pertes qu’elle subissaient. Les chypriotes sont en partie victimes de la restructuration de la dette souveraine grecque décidée par les autorités européennes. On aurait pu s’en rappeler maintenant. Les partisans de la ligne dure, comme l’Allemagne, la Finlande ou les Pays Bas, en phase avec le FMI, ont eu l’occasion avec Chypre d’envoyer un signal aux autres pays périphériques, pour prévenir que désormais les sauvetages ne seraient plus entièrement à charge des contribuables des pays du centre de la zone euro.

Cet épisode aura-t-il des conséquences pour la zone euro ?

Même si des erreurs ont été corrigées, c’est trop tard pour éviter leurs conséquences. En cas de nouvelles crises financières dans d’autres pays de la zone euro, les populations vont maintenant craindre des pertes sur leurs avoirs bancaires, ce qui risque de provoquer très vite des paniques bancaires.

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