Les banques chypriotes fermées jusque jeudi

La Banque centrale de Chypre explique avoir pris cette décision pour assurer "un bon fonctionnement de l'entièreté du système bancaire".

Les banques chypriotes fermées jusque jeudi
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AFP

Chypre a repoussé à jeudi la réouverture de ses banques après avoir évité lundi la banqueroute grâce à un plan de sauvetage de dernière minute dont les deux principaux établissements bancaires de l'île ont payé le prix fort.

Après avoir atteint lundi son plus bas niveau depuis quatre ans, la monnaie européenne s'est toutefois un peu reprise mardi en Asie: l'euro est remonté à 1,2869 dollar, contre 1,2853 dollar lundi à 21H00 GMT.

Les banques gardent portes closes

Toutes les banques du pays, fermées depuis le 16 mars, dont les deux plus importantes, la Laïki Bank et la Cyprus Bank, ne devraient finalement rouvrir que jeudi au lieu de mardi, a annoncé la Banque centrale dans un communiqué publié tard lundi soir.

Le ministre chypriote des Finances Michael Sarris a pris la décision de prolonger la fermeture des banques jusqu'à jeudi sur les conseils du gouverneur de la Banque centrale, Panicos Demetriades, dans le but "d'assurer le bon fonctionnement de tout le système bancaire", indique le communiqué. La Banque centrale avait annoncé quelques heures plus tôt que toutes les banques, sauf les deux les plus importantes, la Bank of Cyprus et la Laiki Bank, fermées depuis le 16 mars, seraient rouvertes mardi après une fermeture de dix jours devant la menace de retraits d'argent massifs.

Que contient l'accord ?

L'accord mis au point dans la nuit de dimanche à lundi prévoit des "décisions douloureuses pour sauver le pays de la faillite", a estimé lundi soir le président chypriote conservateur Nicos Anastasiades en promettant lors d'une allocution télévisée que l'île méditerranéenne "se remettrait de nouveau sur pied".

Le prix à payer par Nicosie est en effet très élevé. Laïki Bank (Popular Bank en anglais), la deuxième banque du pays, va être mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera scindée entre une "bad bank", entité résiduelle amenée à disparaître progressivement, et une "good bank", où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100.000 euros, qui bénéficient d'une garantie publique dans l'UE.

Cette mesure aura pour effet de réduire considérablement la taille du secteur bancaire chypriote, jugé surdimensionné par rapport à l'économie de l'île puisqu'il représente environ huit fois son Produit intérieur brut (PIB).

Bank of Cyprus, la première banque chypriote, reprendra à terme les dépôts garantis de Laïki Bank. Elle reprendra aussi les dettes de celle-ci envers la Banque centrale européenne (BCE), qui s'élèvent à 9 milliards d'euros. Les titulaires de comptes dépassant 100.000 euros auprès de la Bank of Cyprus vont aussi subir une ponction de l'ordre de 30% de leurs avoirs, a indiqué le porte-parole du gouvernement chypriote Christos Stylianides.

L'accueil des marchés

Initialement favorablement accueilli par les marchés, ce plan --conclu après douze heures de négociations tendues à Bruxelles dimanche entre le président chypriote et la troïka (UE, BCE,FMI)-- a ensuite semblé moins les convaincre. L'euro a accéléré sa chute lundi en fin d'après-midi, atteignant un temps son plus bas niveau depuis fin novembre, les investisseurs craignant que le plan de sauvetage de Chypre ne fasse office de précédent, après des propos en ce sens du patron de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Mais ce dernier a fait machine arrière plus tard dans la soirée en affirmant que Chypre était un cas spécifique et que le plan de sauvetage ne saurait servir de modèle au règlement d'autres problèmes dans la zone euro à l'avenir. "Les programmes d'ajustement macro-économique sont faits sur mesure en fonction de la situation du pays concerné et aucun modèle ou patron n'est utilisé", a souligné M. Dijsselbloem dans un court communiqué.

L'euro s'est légèrement ressaisi après cette précision et s'établissait à 1,2856 dollar vers 19h30 GMT après avoir glissé jusqu'à 1,2830 dollar vers 17H15 GMT.

Outre la restructuration du secteur bancaire, les autorités chypriotes vont également signer dans les prochaines semaines avec la troïka un protocole d'accord prévoyant des réformes structurelles, des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés qui passera de 10 à 12,5%.

Parmi les efforts demandés à Chypre figurera aussi la lutte contre le blanchiment d'argent, en fonction des résultats d'un audit imminent. En échange, une aide allant jusqu'à 10 milliards d'euros sera fournie essentiellement par le Mécanisme européen de stabilité (MES) et un apport du FMI qui reste à chiffrer.

Le plan de sauvetage a reçu le soutien de la Russie qui s'était violemment opposée à un premier projet qui prévoyait une taxation des dépôts bancaires au-dessus de 20.000 euros. Les avoirs russes à Chypre sont estimés à plus de 20 milliards d'euros.

Le président russe Vladimir Poutine a ainsi demandé au gouvernement d'étudier "les conditions d'une restructuration" du prêt de 2,5 milliards d'euros accordé par Moscou à Chypre en 2011, comme le demandait Nicosie. "Compte tenu des décisions qui ont été prises par l'Eurogroupe, M. Poutine estime possible de soutenir les efforts du président de Chypre et de la Commission européenne pour résoudre la crise", a déclaré le porte-parole du Kremlin.

Nicosie va toutefois restreindre les mouvements de capitaux pour éviter leur fuite.

Les autorités chypriotes, qui avaient fait voter vendredi une loi sur les résolutions bancaires, n'auront pas besoin de repasser devant le Parlement pour adopter le nouveau plan de sauvetage. Mais celui-ci doit encore être approuvé d'ici mi-avril par plusieurs Parlements de pays de la zone euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai.

Vers une forte récession et une hausse du chômage

Le ministre chypriote du Travail, Harris Georgiades, prédit à son pays une forte récession et une nette hausse du chômage en raison des mesures prévues dans le plan de sauvetage de l'île, conclu avec la troïka, dans un entretien à Bild, mardi. "Nous allons traverser une période très difficile. Cette action inédite de correction du système bancaire va plonger les secteurs productifs de l'économie dans de grandes difficultés. Nous nous attendons à une récession profonde et à un chômage en hausse", a-t-il déclaré au quotidien allemand.

Le plan conclu dans la nuit de dimanche à lundi avec l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le FMI contient des "décisions difficiles et douloureuses", a poursuivi M. Georgiades, qui est également vice-ministre des Finances.

"Ce que l'Eurogroupe nous demande c'est de corriger tous les déséquilibres de notre économie d'un coup. Cela créera des problèmes pour les citoyens et les entreprises de Chypre", a-t-il jugé.

Chypre a évité la banqueroute grâce à un plan de sauvetage de dernière minute, mais le prix à payer par Nicosie est très élevé. Laïki Bank (Popular Bank en anglais), la deuxième banque du pays, va être mise en faillite de manière ordonnée.

Bank of Cyprus, la première banque chypriote, reprendra à terme les dépôts garantis de Laïki Bank. Elle reprendra aussi les dettes de celle-ci envers la Banque centrale européenne (BCE), qui s'élèvent à 9 milliards d'euros.

Les titulaires de comptes dépassant 100.000 euros auprès de la Bank of Cyprus vont aussi subir une ponction de l'ordre de 30% de leurs avoirs.

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