Le président chypriote réduit son salaire de 25%

Les ministres aussi verront leur salaire diminuer de 20%. Le président et les ministres renonceront également à leur 13e mois alors que le pays traverse une grave crise économique et financière.

Le président chypriote réduit son salaire de 25%
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AFP

Le président chypriote a décidé une réduction de 25% de son salaire et ses ministres verront leur rémunération baisser de 20%, a indiqué jeudi un conseiller présidentiel alors que le pays traverse une grave crise économique et financière.

Le président Nicos Anastasiades "a déjà autorisé le comptable général à réduire son propre salaire de 25%", a indiqué à la presse Constantinos Petrides, sous-secrétaire à la présidence, ajoutant qu'une baisse de 20% s'appliquerait aux salaires des ministres. Tous renonceront par ailleurs à leur 13e mois.

Colère et résignation à l'ouverture des banques à Nicosie

Les Chypriotes ont fait la queue par dizaines dans le calme jeudi devant les banques du pays, rouvertes après 12 jours de fermeture, exprimant à la fois résignation et colère envers les partenaires européens de l'île méditerranéenne.

Il est midi à Strovolos, dans l'agglomération de Nicosie, devant une agence de la Bank of Cyprus, la première du pays, promise à une restructuration drastique. Sous un soleil radieux, une trentaine de personnes font la queue en silence, la mine sombre.

"Nous sommes tous venus chercher nos 300 euros", explique une trentenaire. Pour éviter un effondrement du système bancaire après 12 jours de fermeture et de crise, les autorités ont en effet limité les retraits à 300 euros par jour et par personne.

Lorsque la porte vitrée de l'agence s'entrouvre vers 12H05 pour laisser entrer les premiers clients, la file est prise d'un léger tressaillement, et se met à avancer dans le calme, à la grande satisfaction de l'agent de sécurité bedonnant posté à l'entrée.

Plus ou moins au même moment, la même scène se répète devant de nombreuses agences de la Bank of Cyprus et de la Laïki -la deuxième banque du pays qui doit être liquidée-, sous le regard de dizaines de journalistes étrangers, souvent plus nombreux que les clients dans le centre-ville.

Il y a en revanche nettement moins de monde devant les agences des autres banques, pour l'instant épargnées par la tempête financière mais pas par les restrictions drastiques imposées dans l'immédiat aux mouvements de capitaux.

"Je ne vais pas aller à la banque aujourd'hui (...). Il va y avoir de la queue et je ne vais pas y passer des heures pour 300 euros", explique ainsi Roula Spyrou, 50 ans, propriétaire d'une bijouterie.

Pour faire face à la demande et rassurer la population, plusieurs conteneurs chargés d'argent liquide sont arrivés mercredi soir à la banque centrale à Nicosie sous la protection de véhicules de la police, selon un photographe de l'AFP. Selon les médias, ils pourraient contenir des milliards d'euros.

"Tout frais de Francfort", siège de la Banque centrale européenne (BCE) plaisante un homme en regardant des billets flambant neufs qu'il venait de retirer d'un distributeur.

Kyriakos Vourghouri, qui tient une supérette, a pour sa part fait la queue pour déposer des chèques. "Je n'ai pas retiré d'argent, j'ai déposé de l'argent", dit-il fièrement en agitant son reçu de 678 euros.

Parmi les clients, la colère reste cependant très présente, d'abord contre les limitations imposées aux retraits alors que le pays manque d'argent liquide depuis près de deux semaines.

"J'ai 5 enfants, qu'est-ce que je peux faire avec 300 euros ? Rien ! Qu'est-ce que Chypre peut faire ? Rien ! Tout le monde est en colère mais on ne peut rien faire. La situation n'a jamais été si mauvaise à Chypre", assure un homme d'une cinquantaine d'années, visage buriné.

Un autre explique qu'il compte bien retirer tout son argent, 300 euros par 300 euros. "Après, les choses reprendront leur cours, mais avec moins d'argent". Au-delà, c'est surtout l'Union européenne, et en particulier l'Allemagne, qui fâchent.

"Ce n'est pas l'UE, c'est une union allemande pour nous détruire. Tout le monde veut détruire Chypre", assure un propriétaire de kiosque. "C'est la première fois que je ressens cela depuis 1974" et l'invasion turque du nord qui a coupé l'île en deux.

Un homme aux cheveux blancs intervient: "J'ai une Mercedes, mais à partir de maintenant, je ne vais plus jamais rien acheter qui vienne d'Allemagne".

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