Vols de nuit à Zaventem? DHL prêt à "relancer le débat"

Danny Van Himste, administrateur délégué de DHL Belgique-Luxembourg est assez inquiet pour notre pays.

Raphaël Meulders
Vols de nuit à Zaventem? DHL prêt à "relancer le débat"

On dit souvent que le secteur de la logistique est un des baromètres les plus importants de l’économie. A ce niveau, Danny Van Himste, administrateur délégué de DHL Belgique-Luxembourg est assez inquiet pour notre pays. "La Belgique, qui était jadis une plaque incontournable de la logistique, perd des parts de marché au profit de ses voisins directs", constate-t-il amèrement.

M. Van Himste, faut-il être à ce point inquiet pour le secteur de la logistique et des transports ?

Le marché de l’Express dans notre pays n’est pas en croissance. Or, c’est vraiment un secteur qui est un indicateur fiable de l’industrie, et même de l’ensemble de l’économie belge. Chez DHL, on continue à croître, mais c’est uniquement dû à un gain de part de marché. Le reste du marché stagne et cela donne une bonne idée de l’ensemble de l’export en Belgique qui faiblit. C’est mauvais signe, mais c’est, hélas, la réalité. Tout le monde se bat. Certains secteurs, comme les soins de santé, s’en sortent un peu mieux que d’autres.

La Belgique est-elle en train de perdre sa place de plaque tournante logistique en Europe ?

C’est vrai qu’avant, la grande majorité des multinationales ne se posaient même pas la question : il fallait placer l’un de leurs centres européens en Belgique. On est toujours en bonne position, grâce notamment à notre place centrale, nos routes, ports et aéroports performants. Mais nous perdons des parts de marché. Je remarque que la Belgique perd de sa compétitivité et de son intérêt pour les grandes entreprises. Nous venons, par exemple, de perdre un projet important au profit de l’Allemagne. Et ce pour une raison simple : le coût salarial élevé en Belgique. Mais la concurrence vient aussi du Grand-Duché de Luxembourg, du nord de la France ou du sud des Pays-Bas.

Le coût salarial est-il l’unique critère qui fait fuir les entreprises de la Belgique ?

Il faut reconnaître que le coût global des salaires est un désavantage. Je n’ai pas dit qu’il fallait diminuer les salaires, mais il faut créer un environnement, notamment fiscal, qui attire les entrepreneurs. J’espère que certaines personnes sont en train de plancher là-dessus C’est clair que cela aidera !

On se souvient de votre bras de fer avec les autorités belges à propos des “nuisances sonores”. Depuis, DHL Express a délocalisé une grande partie de ses activités à Leipzig en Allemagne, à cause, notamment, du nombre limité de vols permis à Zaventem la nuit. A terme, cette limitation va-t-elle nuire à votre croissance ?

Nous avons encore une vingtaine de vols chaque nuit à Zaventem. C’est assez pour le moment. Peut-être qu’il nous en faudra davantage dans les prochaines années. Il est possible qu’on relance le débat, si on ne nous offre pas une certaine garantie de croissance. Mais négocier un futur est assez compliqué à Zaventem car il y a beaucoup de monde à consulter : la Région bruxelloise pour le bruit, la Région flamande pour les questions économiques, le Fédéral pour les douanes La complexité belge, c’est aussi un élément qui refroidit les entreprises.

TNT Express, dont le “hub” européen est basé à Liège et qui est l’un de vos principaux concurrents, connaît de grosses difficultés. Un commentaire ?

On ne peut pas se réjouir des difficultés d’un concurrent. La "non-absorption" par le géant UPS aura eu des effets négatifs pour TNT, qui doit dorénavant développer une stratégie pour sortir d’une perte, regagner à nouveau de l’argent et convaincre les actionnaires. TNT doit se concentrer sur l’interne, se restructurer. On est passé par là il y a quelques années quand nous étions dans une phase d’agrandissement. Cela prend beaucoup de temps et d’énergie. Maintenant notre "focus" principal, c’est l’externe, la recherche de nouveaux marchés. C’est plus intéressant.

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