Offshore Leaks: "Les journalistes ne trouveront que des noms bidons"

Pierre Bocquet est l’un des noms belges cités dans le "offshoreleaks". L’homme a tenu à réagir à certains propos parus dans la presse. "Je ne suis pas Monsieur évasion fiscale belge", précise-t-il. Explications.

Offshore Leaks: "Les journalistes ne trouveront que des noms bidons"
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Raphaël Meulders

Pierre Bocquet est l’un des noms belges cités dans le "offshoreleaks". L’homme a tenu à réagir à certains propos parus dans la presse. "Je ne suis pas "Monsieur évasion fiscale belge", comme le laissent entendre certains. Le fait de connaître la logique ne veut pas dire que je l’applique. Je suis moralement contre l’évasion fiscale", explique-t-il.

Mais qui est exactement Pierre Bocquet et pourquoi son nom revient dans plusieurs sociétés créées à Singapour ? L’ingénieur de formation n’est pas inconnu du grand public belge. Il fut engagé, il y a plus de dix ans, comme "manager de crise" par Tractebel, à l’époque mal embarqué au Kazakhstan (le Kazakhgate). "Ils m’ont demandé de jouer le rôle de Monsieur Propre, de remettre de l’ordre. Mais j’ai vite remarqué que les saletés ne venaient pas du Kazakhstan, mais de Bruxelles. Et cela n’a pas plu." S’ensuit une bataille judiciaire avec Tractebel. Accusé de malversation. M. Bocquet est finalement "lavé de tout soupçon par la justice".

Aventurier financier, M. Bocquet s’est intéressé dès la chute du mur de Berlin, aux privatisations faites en Europe de l’Est. Il crée sa société, Lancaster dans cette optique de participation et arrive au Kazakhstan en 1997. De là part la piste à Singapour. "Je suis ami depuis des années avec trois hommes d’affaires kazakhs (NdlR : dont le ministre Nurlan Kaparov) qui voulaient réunir leurs activités pour entrer en Bourse." Problème : leurs participations ont été placées dans des sociétés "offshore" "par la banque suisse UBS". Ce qui interdit toute entrée en Bourse. "Ils m’ont demandé de nettoyer tout cela, de sortir du offshore. J’ai passé deux ans à le faire. Après je leur ai suggéré d’avoir une société holding à Singapour - de droit singapourien et non une fiduciaire incorporant des sociétés dans des paradis fiscaux - qui détiennent des participations dans chacune des sociétés kazakhes". Reste que les dividendes à Singapour sont moins taxés qu’au Kazakhstan. "C’est de l’optimisation fiscale pas de l’évasion. Ce n’est pas illégal. Moralement, je ne suis pas contre, du moins, quand les taux de taxation dans un pays sont confiscatoires. On passe dans les trous de chaque législation."

M. Bocquet explique avoir déjà "démonté" plusieurs sociétés offshore. "Donc forcément, je sais comment en monter une, mais je ne l’ai jamais fait". Pierre Bocquet a touché "d’importantes commissions" pour ce travail de consultant, "parfaitement légal". Selon le financier, le "battage publicitaire" du "offshore leaks" "va vite s’estomper." On passerait, d’après lui, à côté des "gros poissons". "Les journalistes peuvent faire toutes les démarches qu’ils veulent, ils ne trouveront que des noms bidons. Les "actionnaires" qui apparaissent dans la plupart de ces sociétés offshore sont des hommes de paille." Il existe toutefois un document signé déclarant "qui est le propriétaire ultime" de la société, mais ce document "n’est jamais divulgué". Selon l’Ucclois, les grandes sociétés, tout comme de nombreuses grosses fortunes belges utilisent les paradis fiscaux "à plein pot". "On ne les retrouve pas car ils ont assez de conseillers pour faire des montages et avoir des prête-noms. Par contre, le petit fraudeur veut être près de son argent. Il le placera au Luxembourg. Cacher de l’argent, ce n’est pas difficile, il faut juste trouver la bonne juridiction."

Selon M. Bocquet, même si de "fortes pressions" existent pour que la Suisse et le Luxembourg changent leurs législations, d’autres paradis fiscaux apparaissent, "comme Dubai". "La souris trouvera toujours un autre fromage où se cacher face au chat qui le poursuit", conclut-il.

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