"Plus d’Europe ne nous sortira pas de la crise"

Le chef économiste et le CEO de Saxo Bank étaient de passage à Bruxelles ce lundi pour présenter les prévisions économiques du spécialiste du trading en ligne.

"Plus d’Europe ne nous sortira pas de la crise"
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L.Lam.

Le chef économiste et le CEO de Saxo Bank étaient de passage à Bruxelles ce lundi pour présenter les prévisions économiques du spécialiste du trading en ligne. Après un repli de l’activité de 0,5 % en 2012, la banque estime que l’économie de l’Union européenne se contractera encore de 0,3 % en 2013. Steen Jakobsen, le chef économiste, a une vision très pessimiste concernant la politique menée par les dirigeants européens. "J’ai la réputation d’être très pessimiste. Mes détracteurs affirment que j’ai prévu cinq des deux dernières crises" , s’amuse-t-il en guise de présentation.

Sur le fond, Steen Jakobsen s’en est notamment pris à la politique menée par la Banque centrale européenne. "Mario Draghi reconnaît lui-même que la transmission de la politique monétaire ne fonctionne pas , développe-t-il. Pourtant, la BCE continue à vouloir maintenir les banques en vie alors que 80 % du PIB est à mettre à l’actif des PME. On aurait dû laisser tomber en faillite les banques qui ne sont pas viables." Il pointe également du doigt le mécanisme de rotation financière en vigueur actuellement. "La BCE prête aux banques qui elles-mêmes prêtent aux gouvernements via des bons d’Etats , détaille-t-il. Ce n’est pas une situation normale." Steen Jakobsen ne croit pas que la solution viendra d’une intégration européenne plus poussée. "Chaque pays doit mettre en place un agenda national et s’y tenir , explique-t-il. Tous les pays ont des points forts. La Belgique a une économie faible mais un secteur bancaire compétitif. Aux Pays-Bas, on constate le phénomène inverse." Il conseillerait à notre gouvernement de ne pas augmenter les dépenses publiques pendant les dix années à venir, ce qui ferait automatiquement augmenter le poids du secteur privé dans l’économie globale. Il préconise aussi de limiter le déficit structurel à 1 % du PIB et de s’y tenir.

Au niveau européen, le chef économiste déplore la décision de ne pas exploiter le gaz de schiste. "Les Etats-Unis ont un avantage compétitif énorme avec leur gaz 75 % moins cher qu’en Europe , explique-t-il. Si les entreprises européennes pouvaient disposer de cet argent, elles investiraient massivement." Une zone euro, pour les pays forts

Lars Seier Christensen, le CEO de Saxo Bank, est également très négatif vis-à-vis des solutions proposées par les dirigeants européens. "La stimulation monétaire ne fonctionne pas , argumente-t-il. Il faut être bête pour continuer avec les mêmes solutions qui ne fonctionnent pas." Selon lui, l’euro représente une partie importante des problèmes de l’Europe. "L’euro n’aurait jamais dû voir le jour , explique-t-il. Aujourd’hui, les contribuables européens n’ont aucune envie de payer pour les autres. Il n’y a aucune solidarité et aucune mobilité des travailleurs européens. La barrière de la langue reste très importante."

Le CEO estime donc que la zone euro devrait être circonscrite aux pays les plus forts de la zone. "Je préconise que seules les économies similaires gardent la monnaie unique, déclare-t-il. La Belgique, la France, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche " Selon le CEO, il serait plus utile de dépenser l’argent européen pour mettre sur pied un mécanisme de sortie de la zone euro. "Les pays faibles pourront ensuite se redresser plus facilement grâce à la dévaluation de leur monnaie , précise-t-il. C’est la fonction normale d’une monnaie que de bouger par rapport aux autres devises."

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