Le Japon veut faire de la science-fiction une réalité

Dans un pays vieillissant comme le Japon où les plus de 65 ans représenteront 30 % de la population à l’horizon 2040, les exosquelettes de Cyberdyne prennent tout leur sens.

Vincent Touraine, correspondant au Japon
Le Japon veut faire de la science-fiction une réalité
©n.d

La devise de Cyberdyne parle d’elle-même : "Faire de la science-fiction une réalité". Situé sur le campus technologique de Tsukuba à 60 km au nord de Tokyo, sorte de Silicon Valley nippone rebaptisée "Robot City", le siège futuriste de la société semble tout droit sorti d’un film américain. Dans le hall de la start-up, trône son produit phare : l’exosquelette "HAL", pour "Hybrid Assistive Limb". L’appareil, unique au monde et qui en est à sa 5e génération, se fixe aux membres inférieurs et supérieurs. Une fois en marche, il permet d’assister le corps humain dans ses mouvements. De couleur rouge, avec des cercles lumineux aux articulations, il rappelle la combinaison d’Iron Man ! Sauf que son créateur, Yoshiyuki Sankai, est beaucoup moins glamour que Tony Stark, le milliardaire philanthrope du film, incarné par Robert Downey Jr. A 55 ans, le professeur Sankai est une sorte de savant ébouriffé, qui semble s’être retrouvé là par hasard. Lunettes rétro, mèche rebelle L’ancien universitaire s’emmêle les pinceaux lors de ses présentations, rit tout seul de ses plaisanteries, mais son business, lui, est très sérieux. Tellement, qu’il est subventionné de longue date par l’Etat japonais.

Son labo a d’ailleurs vu défiler des générations de premiers ministres, qui se pressent pour lui rendre visite. Shinzo Abe, l’actuel chef du gouvernement, est passé récemment. Grâce aux exosquelettes sur lesquels Sankai travaille depuis plus de vingt ans, les handicapés et les victimes d’attaques cérébrales remarchent. Même chose pour les personnes âgées à mobilité réduite et les accidentés de la route en rééducation. La simple intention d’avancer génère de faibles signaux électriques au niveau de la peau, qui une fois détectés, actionnent les prothèses robotiques et permettent de se déplacer. Impressionnant ! Ces machines, qui sont le fruit d’années de recherches dans des domaines aussi variés que la cybernétique, les neurosciences ou l’informatique, sont les plus abouties au monde. Cyberdyne développe aussi des combinaisons du style RoboCop, qui protègent des radiations, pour travailler dans des conditions extrêmes comme à la centrale accidentée de Fukushima ou dans des zones touchées par des catastrophes.

Des systèmes plus simples, permettent à des ouvriers de soulever sans peine et de façon répétée de grosses charges. Bouygues, le géant français du BTP, s’y intéresserait pour équiper ses chantiers. Dans un pays vieillissant comme le Japon où les plus de 65 ans représenteront 30 % de la population à l’horizon 2040, les exosquelettes de Cyberdyne prennent tout leur sens. Un millier de ces appareils équipent déjà les hôpitaux de l’Archipel qui les louent l’équivalent de 1 500 euros par mois. En Europe, on commence à les trouver en Allemagne et en Suède où le groupe a des filiales. Chers à produire, ils ne sont pas encore proposés au grand public, mais Yoshiyuki Sankai espère pouvoir les commercialiser d’ici à quatre ans. Son rêve ultime : faire entrer l’homo sapiens, dans l’ère du "HAL" sapiens