Koen Geens: "Les Belges sont masochistes"

Le nouveau ministre des Finances CD&V défend le bilan de la Belgique. Il situe dans quelle limite les banques peuvent être sauvées. Et tire les leçons de l'"Offshore leaks".

Koen Geens: "Les Belges sont masochistes"
©Christophe Bortels
Ariane van Caloen

Le nouveau ministre des Finances CD&V défend le bilan de la Belgique. Il situe dans quelle limite les banques peuvent être sauvées. Et tire les leçons de l'"Offshore leaks".

Monsieur Geens, pourquoi avoir accepté de remplacer Steven Vanackere, sachant que cela vous obligerait à quitter le cabinet d’avocat que vous avez créé ?

La vraie raison, c’est que je ne pouvais pas le refuser.

C’est une fonction qui ne se refuse pas ?

Non. Parce que c’est une lourde charge et un grand défi dans des domaines qui me passionnent. Si vous aidez ainsi des hommes et des femmes qui sont vos amis, vous le faites.

Quelles sont vos premières impressions ?

Je ne suis pas mécontent du choix. Je retrouve ce que j’attendais. C’est une compétence technique, avec une dimension nationale et une dimension internationale. Et c’est un gouvernement qui fonctionne.

Fonctionne-t-il vraiment bien ? Trois mois pour un contrôle budgétaire, c’est long…

On ne négociait pas tous les jours et toutes les nuits. Et puis, il a fallu prendre des décisions importantes, plus importantes que prévu à cause d’une croissance et une inflation au-dessous des attentes.

Mais vous vous attendiez à ce bras de fer permanent entre partis de droite et partis de gauche ?

Oui. C’est assez normal. Nous n’avons plus eu un gouvernement avec les 6 partis politiques traditionnels depuis Leburton en 1973 et Martens en 1980. Ces cabinets n’avaient duré que douze mois. Nous sommes au-delà. Et l’entente entre les ministres paraît bien meilleure aujourd’hui qu’à l’époque.

Mais il n’y a eu aucune mesure de réforme.

Non. Ce n’était qu’un contrôle budgétaire, dans un contexte dégradé. Nous avons aussi pris un autre engagement : celui de baisser notre endettement en dessous de 100 % du PIB. Il faudra donc prendre cette année des mesures uniques en revenu et en capital.

Quels actifs l’Etat va-t-il vendre ? Ses parts dans Belgacom ? Dans BNP Paribas Fortis ?

Je ne vais pas en parler. Pour une bonne raison : si je dis les actifs qu’on va vendre, leur prix baissera aussitôt. Nous ferons cela de façon efficace, rapide et rentable. Mais le spectre est assez large.

Pensez-vous pouvoir convaincre les instances européennes de la crédibilité et de la solidité du contrôle budgétaire ?

Je crois que oui. Mais je ne suis pas le seul à devoir les convaincre. Nous le ferons tous ensemble. Avec votre aide, j’espère.

Ce n’est pas notre boulot…

Je dis cela parce que les Belges sont des masochistes. Nous sommes extrêmement modestes par rapport à ce que nous faisons. C’est typiquement belge.

Vous êtes le ministre des banquiers ?

Non. Je suis aussi le ministre des épargnants ou des contribuables !

Le commissaire européen Olli Rehn propose que les gros déposants pourraient être amenés à contribuer au sauvetage d’une banque en difficulté. D’accord ?

Si, en cas de faillite, l’Etat promet d’indemniser intégralement tous les créanciers, on risque de créer une situation de “moral hazard” dans laquelle les banques ne font plus attention. La Belgique a très bien agi quand les trois banques étaient en difficulté. Les épargnants n’ont pas souffert. Mais ils ont peur notamment de la situation internationale. On essaie d’établir une législation qui nous prépare pour des situations semblables. Mais dire aux gros déposants : il n’y aura jamais de problème même pour ceux qui ont des montants de 5 millions d’euros déresponsabiliserait les banques.

Comment faire pour que l’épargnant belge ait moins peur ?

Il faut convaincre les citoyens et les entreprises que nous agissons pour le mieux. Nos grandes banques sont des situations qui sont bonnes.

Y compris Belfius ?

Évidemment, on a derrière nous une période très difficile et les gens ont peur que cela se répète. Il faut leur rappeler que quand les difficultés sont apparues, les gouvernements successifs et les ministres Yves Leterme et Didier Reynders, ont fait des miracles. Les gens ne doivent donc pas avoir peur. Mais on ne peut jamais dire qu’il n’y aura jamais de problème.


Retrouvez l"intégralité de cette interview dans La Libre Belgique


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