Nos banques friandes de paradis fiscaux

La plupart des banques actives en Belgique ont des filiales dans des paradis fiscaux. Pas illégal, mais trop opaque, selon l’eurodéputé Philippe Lamberts qui dénonce l’apathie du gouvernement belge.

Nos banques friandes de paradis fiscaux
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Raphaël Meulders

Direction paradis fiscal. La plupart des banques belges ou actives dans notre pays sont friandes de ce qu’on appelle la finance "offshore". L’eurodéputé Phillipe Lamberts (Ecolo) a ainsi dénombré 1 639 filiales implantées dans des paradis fiscaux parmi ces banques. Les lieux privilégiés seraient, d’après lui, les Iles Caïmans, Jersey, Singapour, mais aussi le Luxembourg ou l’Irlande.

"Et il y a certainement davantage de filiales offshore, assure Philippe Lamberts qui s’est basé sur les rapports annuels des banques. "ING, Dexia SA et Belfius ne présentent pas une liste complète de leurs filiaes et entreprises associées. Il est fort probable qu’elles disposent d’un nombre d’entités offshore sensiblement plus élevé". L’ONG Tax Justice network comptabilisait ainsi en 2009 près de 61 entités d’ING dans des paradis fiscaux. Les nouvelles révélations sur le groupe néerlandais (voir ci-contre) abondent également dans ce sens.

Certaines banques (Deutsche Bank annonce 974 entités offshore) sont ainsi plus transparentes dans leur opacité que d’autres. Car recourir à des paradis fiscaux amène forcément à des zones d’ombre, d’après celui que la presse anglo-saxonne surnomme l’ennemi "numéro un" de la City de Londres. "Nos banques répondent toujours que faire du offshore est légal Reste à voir si l’usage qu’elles en font l’est aussi. On a le droit de se demander ce qu’elles font là-bas."

D’après l’élu Ecolo, de nombreuses banques useraient ainsi d’une multitude de "subterfuges pour maquiller leurs comptes, contourner les règles de prudence financière, ou encore échapper à l’impôt". Les paradis fiscaux seraient "au cœur de ces stratégies frauduleuses". Selon lui, ce sont aussi des paradis judiciaires : les autorités locales refusent le plus souvent de coopérer avec celles des autres pays et permettent de dissimuler l’identité réelle des titulaires de compte. "Les banques disent souvent que ce sont leurs clients qui leur demandent d’ouvrir des comptes offshore et qu’elles n’y sont pour rien. Mais est-ce légitime de fermer les yeux ainsi ? D’après un rapport du Sénat américain, HSBC a facilité des opérations de blanchiment de l’argent de la drogue des cartels mexicains, en ouvrant 50 000 comptes clients dans les îles Caïman liés au crime organisé".

Autre grief : ces paradis contribuent à l’instabilité financière mondiale, en "garantissant aux banques la possibilité de mener des activités spéculatives, sans respecter les règles de prudence en vigueur dans les autres pays".

D’après M. Lamberts, il y a aussi pas mal d’hypocrisie du monde politique belge face à ce phénomène, "connu depuis longtemps". "P ourquoi les autorités n’ont pas fait usage de leurs participations au capital de BNP Paribas, KBC, Dexia SA et Belfius pour les contraindre à fermer leurs filiales ? Pourquoi émettent-elles encore des obligations via des banques faisant du offshore, sans condition ?". Selon l’eurodéputé, il existe énormément de "moyens de pressions" pour forcer ces banques à arrêter d’avoir des liens avec des paradis fiscaux. "Et beaucoup plus utile qu’un blocus maritime autour des îles Caïmans "


Retrouvez notre dossier sur les banques belges et les paradis fiscaux dans La Libre Belgique


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