Bourse: coup de tabac "made in China"

La croissance chinoise peine à convaincre sur les premiers mois de 2013. les opérateurs craignent une baisse de la demande des matières premières. Les valeurs minières accusent le coup sur les marchés boursiers.

Patrick Van Campenhout
Bourse: coup de tabac "made in China"
©AP

Début de semaine délicat pour les marchés boursiers suite aux mouvements très nerveux des prix sur les marchés des matières premières, dont l’or, le pétrole et les métaux de base. Ce coup de faiblesse a fait fléchir les grands noms de l’industrie minière dans le monde. Rien de bien neuf ici pourtant : les opérateurs ont adapté leur stratégie aux mauvais chiffres macroéconomiques du jour diffusés en Chine. Les perspectives de croissance économique en Chine restent excellentes dans l’absolu, mais les autorités chinoises ont évoqué un ralentissement du taux de croissance à 7,7 % en rythme annuel au premier trimestre, contre 7,9 % au trimestre précédent. Ceci est une indication relative à la fragilité d’un des principaux moteurs de l’économie mondiale dont un accès de faiblesse aurait des répercussions difficiles à estimer. Une réalité dont on pourrait douter ? Pour Peter Vanden Houte, chef économiste ING Belgique, on aurait tort de sous-estimer le problème, lié à plusieurs causes. "D’abord, il faut tenir compte du fait que les chiffres officiels chinois masquent peut-être une autre réalité. Des témoins plus fins comme le niveau de consommation d’électricité, sont descendus bien plus rapidement que la croissance du PIB Les commentaires émanant d’industriels présents en Chine font état d’une reprise bien plus timide encore que celle révélée par les statistiques officielles. On assiste apparemment à une baisse des investissements dans la construction notamment, et les autorités chinoises sont en faveur du développement d’une économie de consommation."

Quid d’un effet sur les cours des matières premières ? "Ici aussi, il y a plusieurs facteurs à prendre en considération. D’abord, il faut se souvenir que l’industrie chinoise absorbe quand même 40 % de la production de matières premières dans le monde. Mais il faut ajouter à cela que la production de ces matières premières s’ajuste à la demande selon un cycle long et que l’équilibre n’a été atteint qu’il y a quelques mois seulement. Les perspectives de ralentissement de la demande en provenance de Chine interviennent donc à un moment où les stocks disponibles sont au plus haut. Je cite l’exemple du cuivre dont les stocks LME (London Metal Exchange) sont au plus haut sur dix ans. Enfin, et ceci explique pour une grande partie la volatilité sur le marché des matières premières, le monde financier s’est emparé de ce secteur des marchés pour faire des matières premières un volet d’investissement au travers d’outils spécifiques que sont les "trackers" ou ETF (exchange-traded funds) dont la multiplication a eu un effet multiplicateur sur le niveau de la demande. Et si les banques ont créé ces outils en phase de hausse depuis 2004, créant une demande supplémentaire sur le marché physique, elles ne suivent plus en phase descendante." L’or doit-il être considéré comme une matière première stricto sensu ? "Non, il est rarement utilisé tel quel, hormis dans le secteur de la joaillerie. Mais ici aussi, il y a l’impact des ETF."


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