Le prix de l’énergie, un fameux boulet

Les Etats-Unis vont-ils mettre le secteur chimique européen et donc belge à genoux ? Le risque est bien réel. C’est que les Etats-Unis ont désormais un avantage compétitif crucial sur le Vieux Continent, grâce à l’exploitation depuis cinq ans maintenant du gaz de schiste. Du coup, le prix du gaz est trois fois moins cher aux USA qu’en Europe. Et comme le secteur chimique est très énergivore, il y a de quoi s’inquiéter.

P.D.-D.

chimie

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es Etats-Unis vont-ils mettre le secteur chimique européen et donc belge à genoux ? Le risque est bien réel. C’est que les Etats-Unis ont désormais un avantage compétitif crucial sur le Vieux Continent, grâce à l’exploitation depuis cinq ans maintenant du gaz de schiste. Du coup, le prix du gaz est trois fois moins cher aux USA qu’en Europe. Et comme le secteur chimique est très énergivore, il y a de quoi s’inquiéter.

D’autant que la Belgique est - on a sans doute un peu tendance à l’oublier - le champion mondial de la chimie et des sciences de la vie, avec un apport essentiel pour l’empoi - 18 % de l’ensemble de l’industrie manufacturière et une contribution prépondérante aux exportations - 31,8 % du total.

"Depuis 5 ans, les Etats-Unis mènent une exploitation agressive du gaz de schiste, ce qui leur permet d’avoir des coûts de l’énergie extrêmement concurrentiels", a rappelé Frank Coenen, président de essenscia, la fédération de l’industrie belge de la chimie, des matières plastiques et des sciences de la vie lors de la présentation des résultats 2012.

Le bon côté des choses, outre-Atlantique, c’est que l’on assiste à une renaissance de l’industrie américaine grâce au rapatriement de capacités de production aux Etats-Unis, en provenance de pays à bas coûts salariaux.

Le mauvais côté des choses, de ce côté de l’Atlantique, c’est que les Etats-Unis vont être à ce point compétitifs qu’ils vont pouvoir "exporter des produits vers l’Europe et s’attaquer à nos marchés d’exportation", explique Frank Coenen, qui tire la sonnette d’alarme. Le risque, c’est aussi que de grands groupes pourraient préférer investir aux Etats-Unis plutôt qu’en Europe, voire délocaliser du Vieux Continent.

L’Europe, de son côté, est encore loin du compte. Sur le plan politique, cela a plutôt tendance à coincer, comme en France par exemple. "Il y a un énorme problème de moratoire", commente Frank Coenen. Et même si l’Europe devait à son tour s’orienter vers l’exploitation du gaz de schiste, il faudra une dizaine d’années pour que les volumes extraits soient suffisamment importants. Quant au prix, il sera plus élevé.

"L’Europe évolue vers une énergie verte. C’est très bien. Cela prend du temps et de l’investissement. Il faut pendant cette période de transition nous assurer que l’on conserve notre compétitivité", résume Luc Coenen.

Certificats verts

Si le secteur chimique belge est confronté, comme d’autres, au gaz de schiste américain, il est aussi pénalisé par rapport à ses concurrents européens par des prix de l’énergie bien plus élevés. "En Belgique, on fait payer le surcoût des certificats verts à l’industrie, ce qui entraîne un surcoût par rapport à l’Allemagne et la France", souligne Yves Verschueren, administrateur délégué. "Ce n’est pas très malin de se mettre un boulet autour du cou."

Ce cri d’alarme du secteur n’est pas, en soi, neuf : sa répétition semble toutefois démontrer que le politique reste pour l’instant sourd aux appels de l’industie de la chimie, des matières plastiques et des sciences de la vie. Mais aussi d’autres secteurs, moins énergivores.