Total va investir 1 milliard d’euros à Anvers

La raffinerie d’Anvers est un fleuron européen du groupe Total. La preuve : le géant pétrolier français va y investir massivement. Pas de nouveaux emplois mais une réorganisation stratégique de 1er ordre.

Total va investir 1 milliard d’euros à Anvers
©Photo News
Pierre Loppe

Fin 2011, le groupe français Total, piloté par l’emblématique Christophe de Margerie, a procédé au renouvellement complet de son état-major. Suite au rapprochement des activités de raffinage et de pétrochimie, il a nommé Patrick Pouyanné, 50 ans le mois prochain, membre du comité exécutif et l’a appelé à prendre la direction de la nouvelle division ainsi formée. Un fameux défi pour ce diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole des mines, entré chez Total en 1997, après un début de carrière dans l’administration et un passage dans le cabinet du Premier ministre Edouard Balladur. Nommé représentant du groupe en Angola et au Qatar, l’homme a gravi rapidement les échelons. Il a travaillé huit mois avec le Belge François Cornelis, l’ancien patron de Petrofina, auquel il a succédé il y a un an et demi.

Dans l’entretien qu’il a accordé à "La Libre", le directeur général de Total revient sur la réorganisation du raffinage et de la pétrochimie qui a été dictée par les circonstances et pour laquelle il a dû faire preuve d’une certaine force de conviction. Le patron de la nouvelle division livre une information de taille : l’usine d’Anvers, fleuron européen du groupe, bénéficiera d’un investissement d’un milliard d’euros qui sera annoncé le mois prochain. En exclusivité, Patrick Pouyanné en dessine d’ores et déjà les contours.

Les résultats 2012 de Total ont été excellents, même si l’on évoque un peu moins aujourd’hui les fameux “superprofits”. Le groupe a aussi promis d’investir massivement…

Après avoir engrangé des résultats de 12 milliards, Total est entré dans une période de très forts investissements, à hauteur de 22 milliards de dollars nets en 2013, dont 3,5 milliards dans le seul domaine raffinage-chimie. Il n’y a pas de secret dans l’industrie : pour croître, il faut investir. Ces grands projets vont délivrer un accroissement significatif de la production et des résultats à partir de 2015. Ils concernent l’Arabie Saoudite (un projet de plus de 10 milliards de dollars pleinement opérationnel à partir de la fin 2013), la Corée du Sud (1,8 milliard), la Normandie et, plus près d’ici, la plateforme d’Anvers où, comme ce sera confirmé en mai nous allons investir plus d’un milliard d’euros pour conforter l’intégration raffinage et pétrochimie. Un projet accéléré et plus important grâce au rapprochement opéré. Le développement d’Anvers était dans les cartons depuis longtemps

Quand j’ai rencontré les collaborateurs au début 2012, après avoir travaillé huit mois avec François Cornelis, ils m’ont parlé du projet touchant le raffinage. Personne n’a évoqué l’intégration de la pétrochimie, jugée moins prioritaire J’ai voulu que les deux projets avancent de concert afin qu’ils soient présentés ensemble au comité exécutif du groupe. Cela fait du sens pour la plateforme. Nous allons en profiter pour adapter son schéma et fermer certaines vieilles unités.

L’investissement à Anvers sera-t-il créateur d’emplois ?

Non. L’emploi total étant de 1 700 personnes, il y aura des glissements d’unités anciennes les plus fragiles vers les unités nouvelles. Nous adaptons nos schémas industriels en proposant des évolutions de carrière au personnel. Nos investissements vont nous permettre de gérer les évolutions au sein de la plateforme dans le cadre du pacte social de l’entreprise et bien sûr sans licenciement.

Contrairement à un certain discours ambiant, Total prouve qu’on peut encore investir en Belgique…

C’est le résultat d’une longue histoire. La plateforme d’Anvers, 100 % Total depuis 2012 et bien située, est devenue au fil du temps la plus performante d’Europe. La Belgique présente, certes, quelques inconvénients. Le coût du travail est étonnamment élevé par rapport aux autres Etats européens. D’autant qu’à Anvers, il y a un manque global de main-d’œuvre. On se bat pour prendre des gens expérimentés. Autre sujet d’inquiétude, souvent souligné par les patrons : le coût élevé de l’énergie en Belgique.

Mais au final : les avantages l’emportent sur les inconvénients. J’ajoute que le climat social qui règne sur la plateforme est important quand on prend une décision d’investir, les équipes le savent. Les travailleurs anversois ont conscience qu’ils travaillent pour un des fleurons belges. Ils sont la proue du bateau en Europe. Je leur fais confiance. En résumé : il y a une belle position, un bel outil en place, des projets qui nous paraissent solides. Total est un groupe qui entend pérenniser l’industrie européenne sur de bons outils. Ils servent d’exemples pour se développer aussi ailleurs.

Que pensez-vous de l’évolution des cours du pétrole ?

Je note que le baril est à plus de 110 dollars le baril en moyenne depuis deux ans alors que l’économie mondiale ne se porte pas bien. La demande faiblit un peu mais l’instabilité géopolitique dans plusieurs pays du Moyen-Orient soutient les cours. Avec ces tensions sur l’offre, il semble qu’un équilibre s’établit autour de 100 dollars le baril.


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