Le Fyra va-t-il coûter la tête aux patrons de la SNCB ?

Le chaos Fyra continue de faire des secousses aux Pays-Bas, en Belgique et en Italie. Pour rappel, le TGV belgo-néerlandais a définitivement été enterré vendredi par la SNCB, suite à des rapports accablants d’experts indépendants. En cause ? La qualité désastreuse du matériel roulant du constructeur italien Ansaldobreda.

Le Fyra va-t-il coûter la tête aux patrons de la SNCB ?
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Raphaël Meulders

Le chaos Fyra continue de faire des secousses aux Pays-Bas, en Belgique et en Italie. Pour rappel, le TGV belgo-néerlandais a définitivement été enterré vendredi par la SNCB, suite à des rapports accablants d’experts indépendants. En cause ? La qualité désastreuse du matériel roulant du constructeur italien Ansaldobreda.

Il n’y aura donc plus de Fyra en Belgique. Aux Pays-Bas, aucune décision officielle n’a encore été prise, mais une tête a déjà roulé : celle du patron des chemins de fer néerlandais, Bert Meerstadt. Les Néerlandais sont davantage impliqués dans le dossier, puisqu’ils ont commandé 17 rames (dont 9 déjà livrées) au constructeur italien. Le bon de commande, annulé depuis vendredi, de la SNCB se limitait à trois trains (dont aucun n’a été livré). Les pertes pourraient avoisiner les 500 millions d’euros pour l’opérateur néerlandais dont la position est fragile : on voit mal comment nos voisins pourraient encore donner le moindre gage de confiance au Fyra, alors que l’opérateur belge a clairement indiqué que "train et constructeur n’étaient pas fiables".

Reste que, côté belge, de nombreuses questions se posent également. Selon Ronny Balcaen (Ecolo), la direction de la SNCB va ainsi devoir "rendre des comptes" suite à ce "fiasco commercial et industriel". "La question de la responsabilité des opérateurs dans les choix qu’ils ont faits est clairement posée", explique-t-il.

Un autre mystère demeure, selon le député : à quoi ont servi les 1,8 million d’euros alloués en 2004 par la SNCB au "suivi de qualité" dans la gestion du dossier Fyra ? Ce montant couvrait notamment "de fréquents voyages d’experts" de la SNCB en Italie pour s’assurer de la conformité du matériel roulant (voir LLB 23/01) "Qu’a fait cette cellule d’experts ?", s’interroge M. Balcaen. "Comment ces défauts majeurs de conception ont-ils pu échapper à l’intelligence, la vigilance, et la vivacité des gens qui travaillaient sur ce projet ?"

Selon Ronny Balcaen, l’ardoise pourrait encore s’alourdir pour la SNCB. "Marc Descheemaeker (NdlR : patron de la SNCB) semble convaincu qu’il va récupérer facilement les 37 millions d’euros de garantie bancaire pour l’achat des trois trains Fyra. Mais vu l’attitude offensive d’Ansaldobreda (voir ci-dessous), rien n’est moins sûr. Le constructeur italien ne va certainement pas se laisser faire, d’autant qu’il n’a plus rien à perdre, vu ses difficultés financières."

La SNCB devrait donc s’attendre à "des années de procédures internationales avec d’importants frais d’avocats et de consultants". Le Fyra illustre, d’après l’élu Ecolo, un problème "récurrent à la SNCB", celui de la gestion des projets à long terme. "C’est un peu tôt pour demander la démission de certains responsables de la SNCB. Il faut d’abord analyser financièrement ce que cela va coûter." D’après M. Balcaen, c’est d’ailleurs à la Cour des Comptes de se charger de cette mission. "Mais on pourra difficilement faire l’impasse sur ce qui vient de se passer lors de l’évaluation des mandats écoulés et l’attribution des prochains".

En clair, le dossier pourrait être fatal aux actuels patrons de la SNCB, d’autant que de nouveaux mandats doivent être attribués pour le 1er janvier 2014 au plus tard.

Le "relifting" sera important pour la SNCB : de trois patrons actuels (Marc Descheemaeker-SNCB, Jannie Haek -SNCB Holding et Luc Lallemand -Infrabel), on passera à deux. Reste à voir qui seront les heureux élus. "On espère avancer rapidement dans la procédure", explique-t-on auprès du cabinet du ministre Jean-Pascal Labille (PS). "Nous voulons trancher par rapport aux nominations passées, fruit d’une décision pure et simple du gouvernement. Ici, ce sont d’abord des consultants en ressources humaines qui proposeront cinq candidats, uniquement en fonction de leurs compétences. Le gouvernement fera ensuite son choix parmi les cinq."

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