La démission perturbante d'Alfred Bouckaert

Le président du conseil d'administration de Belfius, Alfred Bouckaert, a démissionné. Il bénéficiait d'une très grande estime au sein de l'entreprise mais aussi dans la communauté financière du pays. Analyse

Y.C.
La démission perturbante d'Alfred Bouckaert
©Belga

Le départ de Freddy Bouckaert est d'autant plus perturbant que l'homme bénéficiait d'une très grande estime au sein de l'entreprise mais aussi dans la communauté financière du pays. Le fait qu'il ait accepté de relever le défi que lui proposait le gouvernement à la tête de Belfius, alors qu’il aurait pu paisiblement profiter de sa retraite, est assez révélateur de l'engagement d'un patron qui a toujours su allier charisme et pragmatisme.

Pour l'heure rien n'est confirmé en ce qui concerne son éventuelle implication dans le dossier "préhistorique" de la QFIE (Quotité Forfaitaire d'Impôt Etranger)qui reviendrait en correctionnelle. Il est vrai qu'il pilotait à l'époque le Crédit Lyonnais Belgium mais sa banque n'était pas plus impliquée qu'une autre dans ce mécanisme dénoncé et sanctionné à l'époque.

Le risque d'un retour de ces antiques casseroles serait-il réellement à l'origine de la décision de ce jour? C'est possible. Mais si le président du conseil a pris cette grave décision, il a peut-être trouvé dans ce dossier, un simple prétexte à faire "un pas de côté".

En tant que président d'une banque détenue à 100 % par l'Etat, il est forcément tiraillé entre le besoin d'assurer la meilleure rentabilité de l’institution qu'il est prévu de céder, en tout ou en partie, dans un délai de 2 à 3 ans, et les exigences réglementaires auxquelles sont soumises les banques… par l'Europe et donc par l'Etat lui-même.

Même s'il n'est pas en charge de la gestion quotidienne de la banque -charge qui revient à Jos Clijsters-, il est par contre responsable de la stratégie à long terme. Et dans ce cadre, on sait qu'il y a un grand malaise dans l'institution à propos du plan social qui est en œuvre. En tout état de cause, ce départ, s'il se confirme dans la bouche du gouvernement, sera un grand traumatisme pour un gouvernement qui aura bien du mal à retrouver une personnalité aussi forte, aussi compétente et aussi bien acceptée.