L'UE dépose plainte contre la Chine à l'OMC

L'Union européenne a affiché jeudi sa détermination face à la Chine en annonçant le dépôt d'une plainte contre Pékin dans l'affaire des tubes en acier.

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L'UE dépose plainte contre la Chine à l'OMC
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L'Union européenne a affiché jeudi sa détermination face à la Chine en annonçant le dépôt d'une plainte contre Pékin dans l'affaire des tubes en acier, qui vient s'ajouter aux contentieux sur le solaire et les télécoms et fait craindre une guerre commerciale.

Le commissaire européen en charge de l'Industrie, Antonio Tajani, a annoncé à Paris que Bruxelles allait déposer une plainte devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le gendarme du commerce mondial, dans l'affaire des droits imposés par la Chine sur les importations de tubes en acier inoxydable.

Le Japon a déjà déposé plainte contre la Chine dans le même dossier, et la désignation d'un panel (groupe d'experts) a été décidée en mai. Lorsqu'un panel est établi, il rédige un rapport sur le conflit et propose une solution. Sa décision peut faire l'objet d'un seul recours. La décision s'impose ensuite aux parties.

Cette annonce survient deux jours après la présentation par M. Tajani d'un plan d'action pour l'acier, un secteur durement touché par les restructurations, notamment celles du groupe ArcelorMittal en France et en Belgique.

Au côté du ministre français du Redressement productif Arnaud Montebourg, très en pointe dans le combat contre la "naïveté" des Européens face aux Chinois, M. Tajani avait souligné mercredi à Paris sa volonté de "garantir l'accès des producteurs d'acier européens aux marchés des pays tiers".

"Dans ce plan, on dit très clairement qu'il faut protéger l'Europe contre la concurrence déloyale dans le domaine de l'acier", a déclaré jeudi M. Tajani lors d'une conférence de presse à Bruxelles, ajoutant que son collègue en charge du Commerce, Karel De Gucht, allait "fixer les dates". Le dépôt de plainte interviendra vendredi, a indiqué mercredi une source européenne à l'AFP.

La plainte de l'UE intervient aussi dans le contexte d'une escalade des tensions entre l'UE et la Chine avec une série de conflits commerciaux allant du solaire aux télécoms en passant par les tubes sans soudure, la vaisselle en céramique ou le vin.

Bruxelles a décidé la semaine dernière d'imposer des taxes provisoires sur les importations de panneaux solaires, de cellules photovoltaïques et de composants chinois, en accusant les firmes chinoises de dumping.

Pékin a répliqué en lançant une enquête antidumping sur les vins importés de l'UE, visant principalement la France, l'Espagne et l'Italie. La Chine avait aussi ouvert le mois dernier une enquête anti-dumping sur les tubes sans soudure.

Mardi, le porte-parole du commissaire en charge du Commerce, Karel De Gucht, avait récusé l'idée d'un lien entre les autres contentieux et une éventuelle plainte auprès de l'OMC, qui nécessite un dossier dont la constitution prend des mois. Le calendrier est une pure "coïncidence", avait assuré John Clancy.

Il reste que les sujets de conflits s'accumulent entre les deux parties. En mai, l'UE avait annoncé le prochain lancement d'une enquête anti-dumping et anti-subventions visant les équipements de télécommunications chinois. Le même jour, paraissait au Journal officiel de l'UE l'annonce de droits de douane anti-dumping imposés aux importations de vaisselle chinoise en céramique.

Via les médias officiels, la Chine a prévenu la semaine dernière qu'elle entendait "défendre ses intérêt économiques" et avait "de nombreuses cartes en main", en menaçant dans le China Daily de nouvelles mesures après le lancement d'une enquête sur les vins.

Le Global Times a rappelé que la Chine détenait une partie non négligeable de la dette européenne, ainsi que de nombreux investissements dans les pays de l'UE. "Dans les guerres, c'est la situation sur le champ de bataille qui oriente les négociations. C'est pareil dans les guerres commerciales", ajoutait le journal.

De son côté, les Européens ne présentent pas un front uni face aux Chinois. Ils sont ainsi très divisés sur les panneaux solaires, notamment entre la France qui défend une attitude offensive vis-à-vis de Pékin, et l'Allemagne, premier partenaire commercial de la Chine au sein de l'UE, qui veut la ménager.

Les 27 doivent débattre de leurs relations avec la Chine vendredi lors d'une réunion des ministres du Commerce à Luxembourg, qui sera essentiellement consacrée au lancement des négociations de libre-échange avec les États-Unis.

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