Belval, exemple d’ une conversion réussie

Des logements, une université, un lycée, un parc, une salle de concert de 6 000 places, une maison de retraite, un complexe cinéma, deux centres commerciaux, des hôtels, des restaurants, des banques, des bureaux, une gare, un centre sportif, tous flambant neufs ou en construction. Et puis, au détour d’un bloc, une aciérie et d’anciennes installations sidérurgiques dont deux hauts-fourneaux. Bienvenue à Belval, un quartier urbain situé à cheval sur les communes d’Esch-sur-Alzette et de Sanem au Grand-Duché de Luxembourg.

Analyse Isabelle Lemaire

Des logements, une université, un lycée, un parc, une salle de concert de 6 000 places, une maison de retraite, un complexe cinéma, deux centres commerciaux, des hôtels, des restaurants, des banques, des bureaux, une gare, un centre sportif, tous flambant neufs ou en construction. Et puis, au détour d’un bloc, une aciérie et d’anciennes installations sidérurgiques dont deux hauts-fourneaux. Bienvenue à Belval, un quartier urbain situé à cheval sur les communes d’Esch-sur-Alzette et de Sanem au Grand-Duché de Luxembourg.

Sur ce terrain de 120 hectares, se trouvait jusqu’en 1996 un site sidérurgique en activité d’ArcelorMittal. Et puis, le groupe prend la décision d’arrêter les hauts-fourneaux. Qu’allait donc bien pouvoir faire l’Etat luxembourgeois avec cette immense friche industrielle ? "Très vite, des discussions se sont ouvertes entre les syndicats de la sidérurgie, le patronat et le gouvernement dans le but d’entamer une réflexion sur la reconversion de Belval", raconte Etienne Reuter, le président du conseil de gérance d’Agora, la société qui a développé le projet. En 1998, les premières propositions concrètes de réhabilitation sont proposées. "Le Luxembourg connaît une crise du logement et le Sud du pays, où se situe Belval, est frappé par une perte d’emplois. De plus, l’Etat éprouve des difficultés à trouver des implantations pour des écoles et l’université. Belval est alors identifié comme site prioritaire pour un grand projet de requalification urbaine amenant de l’emploi, du logement, des infrastructures et de l’activité industrielle", poursuit Etienne Reuter.

Une société de droit privé de développement du projet, Agora, est créée en 2000. "Il s’agit d’un partenariat public-privé, entre l’Etat et ArcelorMittal, détenant chacun 50 % du capital qui s’élève à un peu plus de 28 millions d’euros, soit la valeur du foncier du site de Belval", explique le président d’Agora.

Le masterplan sort en 2001. Un concours d’urbanisme européen est lancé, remporté par Jo Coenen, un architecte-urbaniste de Maastricht, et des séances d’information au public sont organisées. Car des riverains habitent en bordure de l’ancien site sidérurgique. Le projet, ambitieux, prévoit de faire venir à Belval quelque 36 000 personnes, résidents, étudiants ou employés. "Il a fallu faire accepter aux habitants ‘historiques’ l’arrivée de ces milliers de nouvelles personnes, convaincre l’opinion publique de la pertinence du projet et lutter contre les préjugés liés à cette région", précise Etienne Reuter.

Les réticences semblent rapidement balayées, face à ce projet de requalification pas du tout ordinaire et qui pourrait changer l’image de marque de la région. Mais avant de poser la première pierre, il fallait dépolluer. La principale source de pollution, c’était les poussières sidérurgiques. Le choix a été pris de ne pas les évacuer mais de les confiner in situ, sous une épaisse couche de terre et des dalles de béton .

Les travaux démarrent dans la foulée. Le Rockhal, la grande salle de concert, est inauguré en 2005. Suivent la tour Dexia et un centre commercial. Le premier quartier résidentiel ouvre ses portes en 2009. L’achat des maisons et des appartements rencontre un succès fulgurant. "Nous avons voulu de la mixité, avec des logements de différentes tailles et à différents prix. La majorité des acquéreurs est luxembourgeoise mais il y a aussi des étrangers qui travaillent pour les institutions européennes", indique Etienne Reuter.

Concernant la venue d’investisseurs, Agora veille au grain. "Ceux qui achètent des terrains doivent s’engager à installer leur activité dans un délai de 3 à 5 ans pour éviter la spéculation immobilière."

L’aspect écologique sur le site n’a pas été négligé. "La gare est un bâtiment zéro énergie qui n’a donc pas besoin d’être chauffé. La mobilité douce est privilégiée grâce à des voiries étroites, des pistes cyclables et des trottoirs larges. Nous avions la volonté que 40 % de la mobilité se fasse en transports en commun. Aussi, les emplacements de parking sont limités au maximum. On a créé de nouvelles lignes de bus pour desservir Belval ainsi qu’une ligne de train reliant Thionville à Athus en passant par Belval", détaille Romain Diederich, un représentant du ministère de l’Aménagement du territoire luxembourgeois.

"Il y a 10 ans, c’était Mars ici", nous dit-on. Aujourd’hui, la vie a repris ses droits à Belval. 800 élèves fréquentent le lycée, la maison de repos de 120 lits affiche complet, les logements et les emplacements commerciaux se remplissent. Le projet devrait être abouti en 2030. Ce quartier aux allures de petite ville, sorti de nulle part comme ces villes du Moyen-Orient, qui combine ultra-modernité et vestiges industriels, prouve qu’un après-sidérurgie est possible. Et qu’il peut être réussi.Isabelle Lemaire