Fraude: le G8 mis sous pression

Plus de 2,2 milliards de dollars. C’est le montant, selon l’ONG Oxfam, des “capitaux illicites” qui sortiront des pays en développement à destination des paradis fiscaux durant les deux jours du sommet du G8. Soit “les budgets de l’éducation de la Tanzanie et du Kenya”.

R. Meu.
Fraude: le G8 mis sous pression
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Plus de 2,2 milliards de dollars. C’est le montant, selon l’ONG Oxfam, des “capitaux illicites” qui sortiront des pays en développement à destination des paradis fiscaux durant les deux jours du sommet du G8. Soit “les budgets de l’éducation de la Tanzanie et du Kenya”, ou un montant susceptible de “subvenir aux besoins de deux millions et demi d’agriculteurs indonésiens”.

Les dirigeants des huit plus importantes nations au monde, réunis ces lundi et mardi à Lough Erne, en Irlande du Nord, ont donc du pain sur la planche en matière de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale. Des militants de différentes ONG sont venus le rappeler en naviguant à bord de deux drakkars sur un lac proche de Lough Erne. Pour Oxfam, la lutte contre l’évasion des revenus n’est pas qu’une question de pays riches : l’ONG demande au G8 d’inclure les pays en voie de développement dans l’échange automatique de données fiscales.

L’enjeu est de taille. Rien que pour les particuliers, le manque à gagner en termes de revenus fiscaux s’élèverait chaque année à 156 milliards de dollars, d’après Oxfam, “soit le double de ce qu’il faudrait pour éradiquer l’extrême faim sur la planète”.
 
Les ONG</span> ne sont pas les seules à mettre la pression sur les dirigeants du G8, l’opinion publique demande aussi des comptes depuis les révélations de l’“Offshore Leaks” et de différents scandales de fraudes massives à travers le monde. Des magistrats anticorruption ont d’ailleurs lancé un appel au G8 pour qu’il s’attaque avec vigueur à “la grande corruption”, soulignant qu’“elle serait impossible sans l’aide du système”.

Pourtant, il n’y a pas encore le feu au lac, selon le G8 : la fraude et l’évasion fiscales ne seront au menu que lors de la dernière session du sommet, ce mardi après-midi. Une sorte de dessert, après les délicats dossiers internationaux.

.Autant déjà l’écrire : on ne s’attend à aucune décision spectaculaire. “Il existe un véritable élan, au niveau international, pour progresser”, mais aucune initiative majeure ne sera annoncée au G8, a indiqué à l’AFP une source européenne. Les dirigeants devraient toutefois affirmer “leur volonté d’avancer sur la généralisation des échanges automatiques de données entre les administrations fiscales” des différents pays. Une initiative qui est surtout poussée par les Etats-Unis.

Mais en tant qu’“hôte”, David Cameron, le Premier ministre britannique, ne tient pas se faire voler la vedette si facilement. En ligne de mire : les paradis fiscaux “dépendant de la couronne britannique” (Jersey, Guernesey, Ile de Man,…).  Juste avant le sommet, David Cameron a arraché un accord prévoyant d’y instaurer davantage de transparence et d’échanges d’informations entre les différentes administrations fiscales.

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