Ben Bernanke affole tous les marchés…

Jeudi noir pour les marchés. Actions, dettes souveraines, matières premières, etc. : aucun actif n’était épargné. Le président de la Fed, Ben Bernanke, a semé la panique en annonçant la fin prochaine de la politique monétaire accommodante.

Ben Bernanke affole tous les marchés…
©AP
van Caloen Ariane

Il aura suffi d’une phrase pour créer la panique jeudi sur des marchés boursiers déjà nerveux depuis plusieurs semaines. Mercredi, au terme de deux jours de réunion, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a annoncé que la politique monétaire accommodante, qui se traduit par des achats massifs d’actifs (85 milliards de dollars par mois) pourrait prendre fin mi-2014. La raison se trouve dans l’amélioration de la situation économique aux Etats-Unis observée notamment dans les dernières statistiques du chômage.

Timing précis

Ce qui a pris de court les investisseurs, ce n’est pas seulement que Ben Bernanke laisse entendre que la banque centrale américaine allait arrêter dans les prochains mois d’injecter massivement des liquidités, mais qu’il donne un "timing" précis. Il pourrait diminuer ses injections de liquidités dès cette année et les cesser "par étapes mesurées" à la mi-2014 si le taux de chômage descend autour de 7 %. Ensuite, lorsque le taux de chômage glissera à 6,5 %, la Fed "songera" à relever son taux directeur, ce qui ne pourrait intervenir que plusieurs trimestres plus tard.

M. Bernanke a précisé qu’une majorité des participants au FOMC (Comité de politique monétaire de la Fed) pensait qu’un resserrement des taux d’intérêt pourrait avoir lieu en 2015. "Ce sont des balises qui vous disent comment nous allons […] essayer de faire atterrir en douceur l’appareil sur le porte-avions", a lancé le patron de la banque centrale américaine.

Pour Bertrand Veraghaenne, chief economist à la Banque Transatlantique Belgique, la sévère correction des marchés observée hier dans tous les segments (actions, obligations, prix des matières premières, etc.) est "plus que salutaire". Car, il y avait "trop d’écarts entre les fondamentaux économiques et le prix des actifs. On montait dans le vide. Depuis deux à trois ans, les marchés faisaient du Fed watching plus que de l’investissement". En clair, le moindre signe d’intervention de la Fed s’accompagnait d’une remontée des cours.

Toutefois, pour Bertrand Veraghaenne, un retour des cours aux niveaux de 2008-2009 ne se justifie pas. En tout cas, tant que la crise bancaire semble être circonscrite.

Outre le chômage, l’autre balise de la Fed est l’inflation qu’elle voudrait idéalement maintenir autour de 2 % mais qui se situe bien au-dessous (1,4 % en mai en rythme annuel). "Nous voulons garder l’inflation près de cet objectif (de 2 %), éviter qu’elle soit trop haute mais aussi trop basse", a dit M. Bernanke, ajoutant que la Fed serait prête à agir à nouveau si c’était le cas.

La perspective à moyen terme d’une remontée des taux d’intérêt a aussi relancé les craintes d’un krach obligataire à l’instar de celui qui s’est produit dans les années 93-94.


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