La Wallonie grandit plus vite que la Flandre

Plusieurs études l’ont affirmé ces derniers mois : le retard économique de la Wallonie se résorbe peu à peu par rapport à la Flandre. Un rapport de la KBC est encore plus affirmatif.

Raphaël Meulders
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Progenus laboratoire analyse agro veterinaire alimentaire viande cheval kit DNA ©Jean-Luc Flémal

Plusieurs études l’ont affirmé ces derniers mois : le retard économique de la Wallonie se résorbe peu à peu par rapport à la Flandre. Un rapport de la KBC est encore plus affirmatif. Selon la banque, depuis 2008, la croissance économique a été chaque année plus importante dans le sud du pays. Et cela va continuer. La KBC table sur une croissance moyenne du PIB régional wallon supérieure de 0,3 % par rapport au flamand jusqu’en 2020. L’étude n’évoque pas la situation bruxelloise.

Selon Edwin De Boeck, chef économiste de KBC, il faut toutefois quelque peu relativiser cette relance wallonne. "Si le retard s’amenuise, c’est aussi dû au tassement important de l’économie flamande. Mais la tendance est là : la Wallonie se porte mieux." La courbe, défavorable pour le sud du pays depuis les années 60, s’inverse donc. Petit retour en arrière. A l’époque, la Flandre connaît un véritable miracle économique, là ou la Wallonie commence à sentir les premiers effets du déclin de son industrie lourde. "La Flandre a toujours eu une économie plus ouverte que la Wallonie. Le premier choc de la mondialisation lui a été très favorable, tout comme le phénomène du "baby-boom ", plus important au nord du pays" , poursuit M. De Boeck. Piquant de constater que ce qui faisait jadis la force de la Flandre en est devenu sa faiblesse. La génération des "baby boomers" arrive à l’âge de la pension et la Flandre se trouve face à un déficit démographique "inquiétant" , tandis que le "deuxième choc" de la mondialisation, celui de la montée en puissance des pays émergents a été "beaucoup plus néfaste" pour l’économie ouverte de la Flandre.


 "Songeons notamment aux délocalisations dans le secteur du textile, ou de l’automobile" , évoque l’économiste. Autre facteur qui s’inverse : la productivité du travail dans le secteur manufacturier est, depuis 2010, "meilleure en Wallonie qu’en Flandre" . " Mais la productivité dans les secteurs de service y est inférieure , relativise M. De Boeck qui pointe l’effet de "la géographie économique". Vu la densité démographique flamande supérieure, un coiffeur flamand a, par exemple, davantage de possibilité d’être productif qu’un coiffeur wallon."


Mais ce désavantage géographique wallon se retourne en atout en ce qui concerne le secteur industriel : il y a encore de l’espace pour les nouvelles industries en Wallonie. Les investissements étrangers directs y sont d’ailleurs en hausse, tout comme ceux en recherches et développement.


Selon la KBC, le renouveau wallon vient surtout d’"un changement de mentalité" , lancé par le plan Marshall au début des années 2000. "Jusqu’ici les pouvoirs en place avaient eu des politiques très conservatrices, très défensives en matière industrielle. Le seul objectif était de préserver coûte que coûte une industrie vieillissante. Ici, on se tourne vers les technologies du futur. Le plan Marshall commence à porter ses fruits."


D’après la KBC, la Région wallonne a ainsi "davantage de potentiel économique" que la Flandre, du moins si elle parvient à corriger "ces relatives faiblesses" . La banque a pointé plusieurs handicaps.

- D’après la KBC, le poids du secteur public et semi-public, largement supérieur à la moyenne européenne, est beaucoup trop important en Wallonie. Selon Bernard Keppenne, chef économiste de la CBC, cela a notamment "un impact négatif" sur les finances publiques, mais cela freine aussi l’expansion de certains secteurs, dont le marchand.

Les entreprises wallonnes n’exportent pas assez en dehors de l’Europe. D’après la KBC, l’économie wallonne reste "trop fermée". Cette frilosité à l’export s’explique par un nombre élevé de très petites entreprises en Wallonie. A noter que si le taux de création d’entreprises est supérieur en Région wallonne, il est compensé par un taux de faillite également plus important au sud du pays.

- Une scolarité déficiente. Le niveau de scolarité reste supérieur en Flandre. La Wallonie fait d’ailleurs face à un décrochage scolaire de plus en plus inquiétant. Les matières scientifiques et mathématiques ne sont également pas assez privilégiées dans le sud du pays, Ce qui pourrait être, à terme "néfaste à l’économie". "I l y a trop de philosophes et pas assez d’ingénieurs" , résume Bernard Keppenne.

Un chômage structurel. Le taux d’occupation wallon (proportion de personnes actives au sein de la population en âge de travailler) reste encore trop faible par rapport à celui de la Flandre. "Le chômage des jeunes et les chômeurs de longue durée restent importants."

Un manque d’homogénéité. " Le Hainaut n’a rien à voir avec le Brabant wallon qui est actuellement la province la plus dynamique de Belgique , explique Bernard Keppenne. Il est donc difficile de mener une politique économique commune dans une région aux disparités si fortes. La Flandre est beaucoup plus homogène."