Quand Haribo joue sur la naïveté…

L’empire allemand des bonbons utilise de très simples combines.

Marcel Linden Correspondant en Allemagne

Qui ne connaît pas la chansonnette : "Haribo c’est beau la vie, pour les grands et les petits" ? Sa simplicité, son ingénuité sont typiques du fabricant des ours d’or gélifiés, produits de réglisse, etc. Cette naïveté est une ficelle : le puissant groupe écoule ses sucreries dans plus de cent pays du monde et réalise plus de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec 6 000 employés.

Le nom de la société est tout simplement composé des initiales Hans Riegel de Bonn, Ha-Ri-Bo. En effet, Hans Riegel senior a fondé l’entreprise à Bonn en 1920. Son fils Hans Riegel junior, âgé de 93 ans, est toujours aux commandes. Chaque jour, il va au bureau pour, dit son porte-parole, inventer de nouveaux produits. Selon la chronique, son père a débuté dans une arrière-cour avec un kilo de sucre et un bassin. Les réglisses et ours gélifiés ont été de suite un grand succès commercial. Même l’ancien Kaiser Guillaume II, en exil aux Pays-Bas, aurait dit que les ours d’or étaient la meilleure chose qu’avait produite la République.

La petite chanson a été "composée" en allemand en 1935, sous Hitler. Sur son site, Haribo présente fièrement le slogan en 18 langues.

Autre astuce : en 1991, Hans Riegel a engagé Thomas Gottschalk, un très populaire modérateur de shows télévisés aux boucles blondes. Longtemps son show "Wetten dass" ("Parions"), diffusé le samedi soir par la ZDF, a attiré près de 20 millions de téléspectateurs, parents et enfants. Quand Thomas Gottschalk vante les oursons, les petits sont en ébullition.

Sur Internet, Haribo invite les jeunes à découvrir "Haribo City" et à participer à un "chat" par phrases prédéfinies avec des enfants d’autres pays, façon d’apprendre des langues tout en s’amusant. Telle est la face "chocolat" de Haribo, comme disent ses détracteurs.

"Un mensonge criminel"

Les syndicats, eux, reprochent au patriarche de ne pas tolérer de conseil d’entreprise.

Par ailleurs Foodwatch critique l’énorme quantité de sucre dans les… sucreries. Haribo admet sur son site que les "Happy Cherries" ou ours d’or contiennent 45,6 % de sucre. Il y a deux ans, un dentiste interrogé par Foodwatch reprochait à Haribo de prétendre que "le sucre est inoffensif". Pour le dentiste, il s’agit d’"un mensonge criminel, un truc pour vendre ". Le fait est que Haribo n’affirme plus rien de pareil. Le groupe a aussi renoncé à des colorants synthétiques pouvant provoquer le syndrome d’hyperactivité TDAH quand la Commission européenne a exigé de faire figurer un avertissement sur les sachets. Quant à l’office allemand des cartels, il a condamné Haribo et d’autres producteurs de sucreries pour ententes illicites sur les prix.

Autre tare : Hans Riegel a refusé de contribuer au fonds de dédommagement d’ouvriers forcés pendant la guerre, prétendant froidement que Haribo n’y avait pas eu recours.