Consommer local, une tendance post-crise

Carrefour Belgique profitera de la Foire agricole, forestière et agroalimentaire de Libramont (26-29 juillet) pour présenter les résultats de son concept “Des produits locaux près de chez vous” initié début 2012.

Charlotte Mikolajczak
Consommer local, une tendance post-crise
©REPORTERS

Carrefour Belgique profitera de la Foire agricole, forestière et agroalimentaire de Libramont (26-29 juillet) pour présenter les résultats de son concept “Des produits locaux près de chez vous” initié début 2012. Le distributeur français n’est pas le seul à surfer sur la vague ‘consommer local’; Colruyt et Delhaize la pratiquent également. Cette vague est plus ancienne qu’on le croit, mais n’a été largement adoptée par les consommateurs qu’il y a peu. Les explications de Gino Van Ossel, professeur en Retail et Trade marketing à la Vlerik Business School.

D’où découle la volonté de consommer local?

Elle est liée à plusieurs aspects. A l’économie durable : c’est mieux pour l’environnement. A la crise de 2008 qui a, en quelque sorte, “dégoûté” la population de la mondialisation, de la globalisation : acheter local, ce n’est pas faire l’affaire de multinationales… “qui ne payent pas d’impôt et qui ont trop de pouvoir”, et c’est protéger l’agriculteur “artisan sympa”. Le label “produit local” est aussi lié au label “produit de saison”; les consommateurs sont de plus en plus enclins à consommer des produits de saison, question de goûts et d’économie.

C’est donc depuis la crise de 2008 que, selon vous, le “local” est devenu tendance ?

Le concept est antérieur, mais la grande distribution le met en avant surtout depuis 5 ans. Comme elle met en avant les spécialités locales ou les produits belges. Les distributeurs ne sont d’ailleurs pas les seuls à le faire. S’y mettent aussi les restaurateurs – même étoilés –, les programmes culinaires à la télévision, etc. Il s’agit d’une tendance internationale. Les Pays-Bas sont très actifs à ce titre, allant jusqu’à poser des pancartes dans des champs indiquant “Ici poussent les choux-fleurs de votre supermarché x ou y”.

En Belgique, diriez-vous que tous les grands distributeurs jouent la carte du local ?

Quasiment. Colruyt fut, selon moi, le premier à mentionner le nom du producteur local sur certains de ses produits frais (légumes, fruits, œufs…). Avec photo. L’enseigne fut aussi une des premières à signer des accords avec des producteurs laitiers. Mais son image de “grandes courses” et de “surgelés” est moins adaptée aux produits locaux. Delhaize fut le premier a en faire une véritable politique commerciale; cela fait partie de ses priorités stratégiques (530 produits locaux identifiables grâce au logo “Produits de chez nous” répartis dans des assortiments propres à chaque région, NdlR). Carrefour France a lancé, il y a une quinzaine d’années, sa marque “Reflet de France” apposée sur des produits du terroir. Carrefour Belgique s’y est mis plus tard. C’est moins facile pour une chaîne étrangère d’opter pour le local. Elle a dès lors pris le parti des produits belges. Et puis, ces dernières années, le groupe a eu d’autres priorités en Belgique (restructuration, NdlR). Mais depuis deux ans, il s’est organisé pour proposer aussi du local et, surtout, pour communiquer. En la matière, sa position est attractive car la plupart de ses points de vente sont franchisés et donc tenus par des gérants bien implantés dans leur propre région. Lidl et Aldi ont aussi évolué dans ce sens. Surtout Lidl. Mais, outre le fait que leur assortiment est plus limité et qu’ils ont moins de produits frais, ils ont aussi, selon moi, un problème à accorder “produits locaux” et “discount”. Car les produits locaux sont plus compliqués à acheter et à distribuer.

Question de logistique ?

Certainement. Le local pose des défis au niveau de la logistique. Il n’est pas logique, ni efficace, qu’un agriculteur luxembourgeois qui distribue ses produits dans des supermarchés du Luxembourg passe par le centre de distribution de tel ou tel distributeur près de Bruxelles. Il faut s’organiser différemment. Ce qui est toutefois plus facile depuis l’émergence de magasins de proximité, les distributeurs ayant une flotte de petits camions.


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