Toute la vérité sur les comptes des ONG

Les Belges sont plus généreux que la moyenne européenne. Mais où va chaque euro donné aux ONG ? Tentative de réponse.

P. Lo.
Toute la vérité sur les comptes des ONG
©REPORTERS

Réputés grands philanthropes, les Belges sont généreux. Plus que la moyenne des Européens en tout cas. Ils sont plus particulièrement sensibles aux actions liées à la santé, à la solidarité et à l’humanitaire.

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, la crise économique qui sévit depuis cinq ans n’affecte pas les dons, selon les sondages et les enquêtes de terrain. Les associations et autres ONG en bénéficieraient même davantage qu’en période de croissance. Nuance : les citoyens apparaissent plus sélectifs et exigeants. Ils attendent notamment des institutions qu’ils subsidient une parfaite transparence financière. Peuvent-ils avoir leurs apaisements ? Il n’y a pas de réponse toute faite. Comme souvent, il leur appartient d’examiner la situation au cas par cas.

En Belgique, il n’existe pas de cadre normatif uniforme pour les organisations philanthropiques. Les obligations comptables des ASBL, fondations et ASBL varient en fonction de la taille des institutions, nous précise Pascale Gonda, porte-parole de la fondation d’utilité publique Donorinfo, qui gère un site spécialisé dont "La libre" a parlé plus d’une fois(1).

Si toutes les organisations ont pour obligation de déposer leurs comptes au greffe du tribunal de commerce, seules les "grandes" et les "très grandes" doivent aussi les transmettre à la Banque Nationale (voir encadré ci-contre). En termes de contrôle, l’obligation légale de nommer un commissaire, membre de l’Institut des réviseurs d’entreprises, est limitée aux "très grandes" organisations. Quant aux modèles normalisés de comptes de la BNB, ils ne sont pas assez détaillés pour permettre au public de comprendre comment les organisations récoltent et dépensent leurs moyens financiers.

"Dans ces conditions, la transparence financière peut se limiter à montrer des chiffres, sans autre garantie d’objectivité et de fiabilité", souligne la porte-parole. Pour Donorinfo, la véritable transparence financière consiste en la publication, suivant un cadre normatif, de données financières détaillées, uniformisées et contrôlées par un organe externe agréé indépendant (réviseur d’entreprises, expert-comptable agréé IEC ou comptable agréé IPCF).

Pas d’inventaire précis

Quelle est la proportion des associations qui jouent le jeu de la transparence financière ? "Nous ne disposons pas d’un inventaire précis", dit-on chez Donorinfo qui héberge sur son site 241 organisations qui répondent aux critères de la fondation. Il n’y a ni classement ni label mais une présentation des comptes contrôlés respectant un canevas identique. Chaque donateur établira son propre classement, en son âme et conscience…

Pour Donorinfo, la transparence financière est intimement liée à la compétence, l’objectivité et l’indépendance de l’institution qui traite et publie les informations financières des organisations philanthropiques. "Une base de données non normative, alimentée sur la seule base volontaire des associations n’est pas une source d’information suffisamment fiable", reconnaît la fondation. Toutes les organisations philanthropiques qui figurent sur le site spécialisé font un effort particulier en faveur de la transparence financière, dit-elle. Chacune accepte, année après année de faire contrôler ses comptes annuels par un organe externe agréé; de communiquer ses comptes annuels détaillés (bilan et compte de résultat) et contrôlés; de faire publier une fiche financière claire et uniformisée établie suivant les normes établies par la fondation.

Mais alors, comment expliquer que certaines associations ne mettent pas en avant ce critère alors que les donateurs le souhaitent expressément ? La fondation Donorinfo tente une explication : "Toutes les organisations ne sont pas sensibles à la nécessité de faire contrôler leurs comptes. C’est une dépense que certaines considèrent comme superflue. Cette vision de court terme semble toutefois évoluer. Nous invitons les donateurs à poser leurs questions directement aux organisations concernées. D’autres organisations sont en phase de réorganisation interne. Elles ont été présentes sur notre site mais ne donnent plus de nouvelles. Suite à un changement de management, elles reviennent parfois, avec force et conviction. En 2012, 24 organisations sont ainsi arrivées ou revenues. Depuis 2005, nous constatons une réelle amélioration dans la présentation des comptes annuels des organisations qui figurent sur notre site. Ceux-ci sont généralement plus détaillés, numérotés, documentés. C’est le résultat d’un important travail d’information et de sensibilisation. Cela facilite notre travail de reporting financier, c’est très encouragean t".

Et quelles sont les associations dont il convient de se méfier ? La réponse est prudente : "Certains se méfieront des organisations qui dépensent trop dans l’un ou l’autre domaine, en frais de récolte de fonds ou de fonctionnement par exemple. D’autres se méfieront d’organisations trop petites ou trop grandes, etc." Mises à part ces quelques réserves et pourvu qu’on ouvre l’œil, la philanthropie a encore de beaux jours devant elle en Belgique…


(1) "Premier site belge d’information indépendante sur les activités et les moyens financiers des organisations philanthropiques qui viennent en aide aux personnes dans le besoin", dont "La Libre" a parlé le 26 décembre 2012. Rendez-vous sur www.donorinfo.be


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