"Les facteurs ne sont pas plus cons que les autres"

Les facteurs pourraient bientôt assurer de nouvelles missions à côté de la distribution du courrier. L’annonce a plutôt été bien reçue par les syndicats, même si André Blaise (CSC-Transcom) émet certaines conditions.

Entretien Raphaël Meulders
"Les facteurs ne sont pas plus cons que les autres"
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Les facteurs pourraient bientôt assurer de nouvelles missions à côté de la distribution du courrier. C’est du moins ce qu’a annoncé le patron de bpost, Johnny Thijs, dans une interview au "Tijd" et à "L’Echo". "Nous discutons aujourd’hui avec plusieurs sociétés afin de leur proposer des services complémentaires", explique Johnny Thijs. Il pourrait s’agir de missions spécifiques pour des compagnies d’assurances ou des relevés de compteurs pour des sociétés de gaz ou d’électricité. L’annonce a plutôt été bien reçue par les syndicats, même si André Blaise (CSC-Transcom) émet certaines conditions.


M. Blaise, quelle est la situation actuelle de l’emploi chez bpost ?

Ce n’est pas facile. Il y a actuellement 30000 postiers, dont 13 000 contractuels. Or le volume du courrier adressé est en diminution constante. En 2012, il a encore diminué de 4 %. La cause principale est bien sûr la montée en puissance d’Internet et de l’e-commerce. La productivité au sein de bpost a énormément augmenté ces dernières années. Chaque facteur reçoit davantage de travail. Bientôt, la préparation de la tournée sera même réalisée via une machine. Cela va avoir une incidence énorme sur le volume de l’emploi. 

Etes-vous en faveur des propositions de M.Thijs de diversifier les activités des facteurs ?

Bpost considère qu’il y a un excédent de personnel. Chaque jour, des contractuels se font licencier pour raisons médicales… Sans nouvelle tâche, ce qui les attend, c’est le C4. Donc oui, nous voyons favorablement les projets-pilotes, comme celui de distribution des repas du CPAS de Grammont ou encore celui dans le Brabant wallon de remise de commande de produits alimentaires chez les clients. Pour moi, on peut même demander aux facteurs de distribuer des patates, pour autant que cela se fasse dans de bonnes conditions de travail, négociées avec les syndicats. Je préfère que nos facteurs aillent relever des compteurs d’eau que de se trouver au chômage. J’ai connu La Poste avec 60000 postiers. C’est un vivier d’emploi extraordinaire pour les personnes peu qualifiées.

Vous parlez d’aller relever des compteurs d’eau. Vivaqua a réagi promptement en affirmant que les facteurs ne seraient pas "à même" d’accomplir ce type de mission.

Les facteurs ne sont pas plus cons que les autres travailleurs. Si on les forme, je suis certain qu’ils vont très bien réaliser ce job. Naturellement, Vivaqua voit d’un mauvais œil l’arrivée de bpost comme un concurrent sur ce marché. Mais il ne faut pas exagérer : ce n’est pas une science de relever un compteur d’eau ou de vérifier son état. Cette réaction de Vivaqua n’a aucun fondement car un facteur n’est pas plus con qu’un membre de leur personnel. De plus, bpost a encore la chance de visiter toutes les maisons du Royaume tous les jours. 

Vous êtes vraiment prêt à faire n’importe quel job ? 

Il y a vingt ans, je vous aurais envoyé balader avec ce type de question. Mais les contractuels nous supplient tous les jours de conserver un emploi chez bpost parce qu’ils ont un prêt à payer, une famille à nourrir. Donc, oui, demain, les facteurs peuvent faire n’importe quoi, du moment, je le répète, que les conditions de travail sont acceptables et négociées avec les syndicats. Tout le marché postal est désormais libéralisé. C’est le job des managers de trouver d’autres activités pour essayer de maintenir leur personnel en place. Soit relever des compteurs d’eau, soit le licenciement, les facteurs n’ont pas vraiment le choix.

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