L'Europe sur la voie de la croissance ?

Les dernières statistiques montrent que l’Europe est sortie de la récession. L’Allemagne et la France sont les deux locomotives de la zone euro. La Grèce pourrait avoir besoin d’un nouveau plan d’aide.

Laurent Lambrecht
L'Europe sur la voie de la croissance ?
©AP

Les annonces au sujet de la Grèce ont été nombreuses ces derniers jours. Dimanche, c’est l’hebdomadaire allemand "Der Spiegel" qui révélait que l’Etat grec aurait besoin d’un nouveau plan d’aide en se basant sur un rapport de la Bundesbank. Ce mardi, on apprenait que le pays affichait, pour la première fois depuis plusieurs années, un solde budgétaire positif. En clair, les recettes de l’Etat couvrent ses dépenses, à l’exception des charges de la dette. Une nouvelle positive a priori, mais qui pourrait préparer le terrain à un nouveau plan d’aide. Les experts de la Troïka (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne) arriveront d’ailleurs au mois de septembre à Athènes pour éplucher les comptes grecs. Analyse de la situation avec Sylviane Delcuve, senior economist chez BNP Paribas Fortis.
La Grèce dégage pour la première fois un surplus primaire, comment analysez-vous cette information ? 


Politiquement, c’est important pour la Grèce d’afficher un surplus primaire. Cela signifie qu’excepté les charges d’intérêt sur sa dette, l’Etat est à l’équilibre. C’était une condition nécessaire pour envisager l’octroi d’un nouveau plan d’aide. C’est évidemment un symbole : une fois la charge de la dette inclue dans les comptes, on arrive à un déficit gigantesque. En outre, on ne peut pas exclure que des jeux comptables ont influencé ce résultat. Certaines rentrées ont pu être anticipées et des dépenses retardées. Si les comptes sont à l’équilibre de janvier à juillet, l’Etat a déjà annoncé qu’il y aurait un trou de 4,2 milliards d’euros d’août à septembre. 

Au niveau de l’économie, on voit une légère amélioration au deuxième trimestre… 

Après cinq ans de récession, il est logique qu’à un moment donné, les choses s’améliorent un petit peu. Au deuxième trimestre, le PIB grec s’est contracté de 4,6 % au lieu de 5,6 % au trimestre précédent : on ne peut donc pas vraiment parler d’amélioration. L’économie se stabilise à un niveau extrêmement mauvais. En 2013, le PIB devrait encore se contracter de 4,3 %, avant une croissance de 0-0,2 % en 2014. 

Le pays aura-t-il besoin d’un nouveau plan d’aide ? 

Actuellement, l’objectif de la Grèce est de voir sa dette publique redescendre à 124 % du PIB en 2020, contre pratiquement 170 % aujourd’hui. Ce chiffre est politique et découle de négociations entre ses bailleurs de fonds. Sur base des prévisions de croissance, la Bundesbank estime que cet objectif ne sera pas atteint. La vente du patrimoine grec se passe très mal : les transactions ne se font pas ou se font à des prix inférieurs à ce qui était prévu. On ne se bouscule pas au portillon pour acheter les ports, aéroports ou compagnies aériennes grecs. En outre, toute une série de réformes traînent à être mises en place. Par exemple, l’administration grecque ne dispose toujours pas de cadastre, donc très peu de personnes paient leur précompte immobilier. Le Portugal et l’Irlande ont été beaucoup plus rapides dans l’application de leurs réformes et sont en train de restaurer leur crédibilité. D’après les calculs de la Bundesbank, il manquera 12 milliards d’euros à l’Etat pour arriver à une dette publique de 124 % du PIB en 2014. 

Où l’Etat grec pourra-t-il trouver cette somme ?

La meilleure solution serait d’effacer une partie de la dette grecque comme on l’a fait en mars 2012 lorsque le secteur privé avait subi une décote de 70 % sur les obligations grecques. Le problème est que la dette grecque est aujourd’hui majoritairement dans les mains d’acteurs publics, comme le FMI, la BCE ou le fonds européen de sauvetage. A l’approche des élections allemandes du 22 septembre, Angela Merkel refuse d’accorder une réduction de dette à la Grèce. Elle préconise plutôt de lui octroyer un nouveau prêt avec paiement d’intérêts. C’est politiquement plus acceptable, car l’éventuelle perte est reportée dans le temps. Ils vont dire que la Grèce fait beaucoup de progrès et qu’il faut lui laisser du temps. Mais si l’objectif est réellement de diminuer la dette grecque, lui prêter à nouveau de l’argent n’est pas une solution. Il faut envisager une réduction de dette, comme cela s’était produit avec l’Argentine. Ainsi, le pays pourra repartir d’un bon pied.



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