Facebook et la philanthropie opportuniste

Le réseau, allié à six entreprises high-tech, veut donner l’accès à Internet aux deux tiers de la planète. Noble. Mais mercantile...

Alexis Carantonnis
Facebook et la philanthropie opportuniste
©Reporters

Facebook, réseau des réseaux, souhaite déprivilégier Internet, et donner les clés de la Toile aux plus pauvres, en connectant 2/3 de la population mondiale. Soit 5 milliards de terriens, apprend-on dans la Dernière Heure.

Une mission dans laquelle s’auto-investit Facebook, en compagnie d’autres firmes majeures du secteur, comme Nokia, Samsung, Ericsson, Qualcomm (qui appose sa signature sur la majorité des processeurs qui animent nos terminaux mobiles), MediaTek et Opera (le navigateur Internet alternatif).

Doux nom du projet ? Internet.org, déjà matérialisé par un website multilingue avec juste ce qu’il faut de visuels de populations désœuvrées. But avoué de nos sept mousquetaires du Net : réduire drastiquement le coût des services Internet de base sur les téléphones mobiles dans les pays en voie de développement, diminuer le poids et la consommation des applications mobiles, améliorer les composants des téléphones et des réseaux, et développer des smartphones à bas coûts. En un mot comme en mille : tirer sur la même corde pour connecter les (actuellement) inconnectables.

Une riche idée, plus encore qu’elle n’est belle. Sur papier, bien entendu, le projet est facile à vendre, et extrêmement louable. Mais certains analystes, comme Trip Chowdhry (Global Equities Research), n’hésitent pas à hurler à la "propagande".

Sous couvert philanthropique, Facebook (& Co) chercherai(en)t surtout à s’ouvrir les portes de nouveaux marchés, donc de nouveaux utilisateurs (et nouveaux annonceurs) à adjoindre à son actuel 1,15 milliard d’amis.

Il est en effet de notoriété publique que sur les marchés développés, Facebook frise la saturation. Mais la facebookisation de l’Afrique, l’Amérique latine et certains pays d’Asie ouvrirait les vannes de réservoirs potentiels à de nouveaux clients que la firme de Mark Zuckerberg rêve d’adjoindre à sa grande farandole de l’amitié virtuelle…

Pour Trip Chowdry, si l’initiative de Facebook et ses partenaires était réellement altruiste, elle devrait se focaliser d’abord sur l’investissement dans l’électricité. "Beaucoup de régions pauvres n’ont accès à l’électricité que trois à quatre heures par jour. Et vous pensez qu’ils vont en profiter pour aller sur Facebook ?"

On suivra donc, attentivement, un projet aux entournures aussi messianiques que… commerciales.

Sur le même sujet