Chasse aux sorcières chez Belgacom ?

A quelques semaines seulement de son départ prévu de la présidence du conseil d’administration de Belgacom, voilà Michel Moll mis en demeure de s’expliquer sur ses rapports avec un de ses clients, le groupe chinois d’équipements télécoms Huawei.

Patrick Van Campenhout
Chasse aux sorcières chez Belgacom ?
©BELGA

A quelques semaines seulement de son départ prévu de la présidence du conseil d’administration de Belgacom, voilà Michel Moll mis en demeure de s’expliquer sur ses rapports avec un de ses clients, le groupe chinois d’équipements télécoms Huawei. Un moment même, hier, on a spéculé sur une démission… rapidement démentie. Dans le "mot du président" de Belgacom, fonction qu’il exerce depuis un an par intérim, il expliquait "in tempore non suspecto" que sa présidence approchait de son terme.

On annonce pour le remplacer l’ancien ministre de la Justice CD&V, Stefaan De Clerck. Il y a quelques semaines déjà qu’il sait en outre que son mandat d’administrateur ne sera pas renouvelé, le MR ayant déjà statué à ce propos et proposé à ce poste Laurent Levaux, actuel CEO d’Aviapartner.

Depuis hier, certains estiment que son départ est lié à un épisode digne d’un roman d’espionnage. Certes, Michel Moll a donné des conseils stratégiques à Huawei, mais, dit-il, "rien qui puisse donner lieu à des questionnements par rapport à Belgacom". Les deux entreprises ne sont pas concurrentes, d’ailleurs. Espionnage ? Les entreprises chinoises ont la réputation de servir chez nous de têtes de pont aux spécialistes du renseignement de leur pays d’origine. De là à suspecter tout un chacun… Dans le monde des télécoms, on nous rapporte de tous côtés que des ingénieurs chinois sont là, comme d’autres, pour accompagner l’offre de leur employeur.

Mais si Michel Moll a servi de consultant à ce groupe industriel comme il pourrait le faire pour d’autres, il se défend de tout conflit d’intérêts. Il est aussi, comme le révèle un CV qui n’a rien de secret, administrateur et membre du comité de nomination et de rémunération de la Sonaca, administrateur de la SBI (Société belge d’investissement international), administrateur de la SA BIO (Société belge d’investissement pour les pays en développement) au titre de spécialiste des économies émergentes, administrateur de la Wespavia représentant les intérêts de la Région wallonne dans le groupe FN, et Censeur de la Banque nationale de Belgique, soit membre effectif du comité d’audit de l’institut belge d’émission.

On l’aura compris, cet homme discret de 64 ans au look débonnaire est avant tout un technicien aguerri de la gestion des entreprises. Ingénieur de gestion de la Louvain School of Management, il voit le travail d’un membre du conseil d’administration comme une tâche complexe mais parfaitement organisée par la loi. Il exerce ses talents depuis bientôt 30 ans dans ce cadre. Et il est facilement sentencieux, inflexible et professoral, capable de tirer les oreilles aux administrateurs néophytes, qu’ils soient influents ou non. Ceci lui vaut d’ailleurs quelques inimitiés dans le monde politique. Il se targue pourtant d’avoir réussi à unifier le conseil d’administration de Belgacom grâce à un travail de fond visant à la pérennisation des performances du groupe. Un boulot effectué grâce à vingt ans d’expérience dans les domaines des télécommunications, de l’aéronautique, et de l’électronique de défense, ainsi que dans la sécurité.

Efficacité ? Michel Moll, ce technicien qui jongle avec les règlements internes des entreprises, est aussi un équilibriste capable de gérer les relations opérationnelles avec le CEO de Belgacom, Didier Bellens, qui n’a pas la réputation de tolérer l’amateurisme.