Commerces: Anvers attaque, Bruxelles riposte

Jusqu'il y a peu, la Capitale et la Métropole semblaient s'être lancées dans une guéguerre commerciale: qui attirerait la première l'enseigne inédite sur le sol belge? Depuis les tensions se sont apaisées. Les marques s'installent là où elles trouvent de la place.

Charlotte Mikolajczak
Commerces: Anvers attaque, Bruxelles riposte
©Alexis Haulot

Le fabricant de jouets Lego a ouvert, jeudi, son premier "Lego Store" belge. Il a choisi, pour ériger ses briquettes, ses murs et ses tables de jeu, une boutique du Wijnegem shopping center, près d’Anvers. Disney, il y a quelques mois, est aussi entré en Belgique via la Métropole, installant son premier magasin le long du Meir. Le tailleur hollandais Van Gils fera de même prochainement, suivant ainsi l’exemple montré par Karl Lagerfeld ou Red Valentino.

De "premières" en "premières", Anvers chérit son statut de ville commercialement branchée. Toute disposée qu’elle est, apparemment, à reléguer Bruxelles au second plan. Or, des exclusivités, la capitale en aligne tout autant : Abercrombie&Fitch (oui, cela fait un petit temps déjà); plus récemment, Tesla (voitures électriques de prestige) et Brunello Cucinelli (mode hommes et femmes); très prochainement, se pointeront l’enseigne de vêtements et accessoires Michael Kors (avenue Louise) et le chausseur Christian Louboutin, celui qui perche les femmes sur de très hauts talons aux semelles rouges (place du Grand Sablon); et, en 2015, les rejoindront Apple et Marks&Spencer (dans le projet de Prowinko, sur la Toison d’Or). "Cette rivalité entre Bruxelles et Anvers, c’est de l’histoire ancienne, indique Patrick Tacq, responsable du retail pour le courtier CBRE. Depuis deux à trois ans, voire même depuis 2008, il n’en est plus question."

"Mais en a-t-il été réellement question dans le passé, s’interroge Walter Goossens, son homologue chez Jones Lang LaSalle. Cette rivalité inter-villes était artificielle, basée peut-être sur une lutte d’ordre politique et exacerbée par les autorités publiques. Les enseignes ne voient pas les choses ainsi. Il y a deux grandes villes en Belgique et elles sont inscrites dans les plans stratégiques de la grande majorité des enseignes. La primeur va parfois à l’une, parfois à l’autre, question d’opportunité, de timing, de chance. Si rivalité il y a aujourd’hui, je dirais qu’elle est saine." "Pour la grande majorité des enseignes, il est inconcevable d’être seulement dans l’une ou seulement dans l’autre ville, ajoute Patrick Tacq. M&S comme Apple auront certainement pour ambition d’ouvrir un second magasin à Anvers. Dans l’absolu, aucune enseigne ne demande à ouvrir en priorité à Anvers ou à Bruxelles. Elles ouvrent là où elles trouvent la surface idéale."

C’est la disponibilité qui, finalement, impose sa loi. "Or, jusqu’il y a justement deux à trois ans, la capitale n’en avait pas suffisamment, poursuit Patrick Tacq. Du moins pas ce que recherchent les grandes enseignes internationales : des surfaces de 1 500 à 2 000 m². L’avènement du projet Prowinko, Toison d’Or, est un élément clé, qui relance Bruxelles, surtout le haut de la ville. Les choses se stabilisent, l’équilibre est rétabli."

A quelques exceptions près. Pour Patrick Tacq, la mode branchée garde un penchant pour Anvers. Pour Walter Goossens, Bruxelles éclipse toutes les autres villes belges auprès des grandes marques de prestige. "Il n’y a qu’une seule artère attitrée du luxe en Belgique, et c’est à Bruxelles qu’elle se trouve (boulevard de Waterloo). Les enseignes ne tergiversent donc pas." La majorité d’entre elles se contentera d’ailleurs d’une seule adresse en Belgique, et ne jettera pas même un regard sur Anvers. "Elles exigent généralement un potentiel d’un million d’habitants, et seule Bruxelles l’atteint." Il se raconte d’ailleurs que Prada ouvrira un megastore au rez-de-chaussée de la tour de The Hotel (ex-Hilton).

Autre exception, le cas des enseignes néerlandaises qui pour une question de langue, se testent en priorité à Anvers.

"Les deux villes sont similaires dans leurs prestations commerciales et leur attractivité", ajoute Walter Goossens. Dans les tablettes de Jones Lang LaSalle, les rues commerciales des deux cités arrivent quasiment à égalité en matière de transactions : 141 à Bruxelles sur un an et demi, depuis le 1er janvier 2012; 143 à Anvers. Tout comme en termes de loyers : 1850 €/m²/an pour les tarifs "top" tant de la rue Neuve que du Meir. "Tout au plus ajouterais-je qu’à Bruxelles, sur l’avenue Louise, la Toison d’Or et même le boulevard de Waterloo, les loyers sont à la hausse depuis deux à trois ans, dit-il, alors qu’à Anvers, dans la Schuttershofstraat ou la Huidevetterstraat, ils sont stables."

Si les deux villes sont similaires, leur rue phare ne l’est pas. Question de public. "Spectre plus varié et plus large en termes de revenus au Meir, spectre plus exigu, moyen et bas de gamme rue Neuve, confirme Patrick Tacq. La clientèle y cherche d’abord un prix et certaines enseignes ne s’y retrouvent pas ou plus." Massimo Dutti, par exemple, ou Forever 21, pour n’en citer que deux, y ont fermé leurs portes. Question aussi d’architecture, "plus belle au Meir", poursuit-il. Mais question, surtout, de passage. "C’est le critère le plus important, conclut-il. Au bénéfice de la rue Neuve en semaine, mais assurément au profit du Meir le samedi. Il est vraiment très très fréquenté."