Belgacom lance un audit sur Bellens

Le PS semble tout doucement lâcher le CEO de l’entreprise publique.

Chardon Frédéric
Belgacom lance un audit sur Bellens
©Belga

Les informations révélées ce week-end sur les opérations immobilières du patron de Belgacom, Didier Bellens, ont provoqué une première réaction hier : le conseil d’administration (CA) de Belgacom a chargé le comité d’audit de l’entreprise télécoms (composé de membres du CA) de lui faire rapport sur l’existence éventuelle de conflits d’intérêts concernant le CEO. Pour rappel, Didier Bellens désire vendre un immeuble de l’entreprise publique (l’Etat est l’actionnaire majoritaire de la société cotée au BEL20) à une société dans laquelle il est administrateur.

Du côté politique, l’étiquette PS de Didier Bellens ne semble plus lui garantir de réelle protection de la part du camp socialiste au gouvernement fédéral. En effet, même si c’est à demi-mot, le PS laisse entendre que si l’enquête du comité d’audit de Belgacom devait effectivement conclure à l’existence d’un conflit d’intérêts dans le chef de Didier Bellens, il y aurait des conséquences… Lesquelles ? Il est trop tôt pour le dire. Mais le ministre des Entreprises publiques, Jean-Pascal Labille (PS), a fait savoir hier soir qu’il serait tout particulièrement attentif aux conclusions de cet audit interne. "D’une manière générale, Jean-Pascal Labille rappelle sa détermination à faire appliquer à la lettre ce principe élémentaire : les règles doivent être scrupuleusement respectées par tous, a fortiori par les dirigeants qui siègent à la tête des entreprises publiques" , a ajouté son cabinet dans un communiqué. Au siège du PS, le porte-parole du président Paul Magnette laisse aussi entendre qu’il pourrait y avoir des suites : "Le PS est très attentif aux questions de conflits d’intérêt. S’il y a conflit d’intérêts dans le cas de Didier Bellens, comme le ministre Labille l’a dit, les règles devront être respectées par tout le monde." Bien entendu, il faut laisser à Didier Bellens la présomption d’innocence et ne pas anticiper les conclusions du rapport commandé par le CA de Belgacom.

Au-delà du PS, l’irritation du monde politique au sujet des nouvelles accusations portées contre le dirigeant de Belgacom concerne particulièrement les partis flamands de la majorité fédérale : le SP.A, le CD&V et l’Open VLD. En effet, l’étalage régulier de soupçons portant sur Didier Bellens dans la presse est du pain béni pour la N-VA dont le cheval de bataille est de dénoncer l’omniprésence au pouvoir des socialistes francophones et la mollesse de ses alliés flamands.

Le SP.A attaque

Les socialistes flamands ont d’ailleurs montré clairement les dents à l’égard de Didier Bellens hier. Le secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude sociale et fiscale, John Crombez (SP.A), a exigé des explications limpides du patron de Belgacom concernant ses opérations immobilières. "Si Didier Bellens a fait quelque chose de mal, c’est fâcheux pour lui , a déclaré John Crombez au journal "De Morgen". Les actionnaires, et donc le gouvernement, ont droit à des explications précises et claires. D’autant que ce n’est pas la première fois que M. Bellens a des soucis avec des règles éthiques."

Environ 1 100 travailleurs de Belgacom et de Connectimmo, une filiale qui gère le patrimoine immobilier, travaillent dans le Stro Building de la rue Lebeau à Bruxelles. Depuis 2011, le groupe Immobel, dont Bellens est l’un des administrateurs, tente de mettre la main sur l’immeuble, estimé à une valeur entre 45 et 50 millions d’euros.

Mais Immobel aurait reçu il y a deux ans les plans techniques du bâtiment. La société travaille depuis lors en toute discrétion sur un projet le transformant en maison de repos luxueuse équipée de 300 flats. Les autres acheteurs potentiels n’auraient pas été mis au courant. D’où les soupçons qui portent aujourd’hui sur le comportement du patron de Belgacom dans ce dossier précis.

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