"Dider Bellens est attaqué comme un politicien

Le holding anversois Ackermans & van Haaren a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps. Nous avons interrogé son patron, Luc Bertrand, qui parle des derniers "coups" du groupe mais aussi des sujets d’actualité. Il prend la défense du patron de Belgacom.

Ariane van Caloen
"Dider Bellens est attaqué comme un politicien
©Jean-Christophe Guillaume

Avec la prise de contrôle dans Deme, Ackermans & van Haaren entend-il redevenir un groupe de dragage ?
Je crois qu’on l’a toujours été, mais on le sera un peu plus qu’avant. De façon imagée, on pourrait dire qu’on avait déchiré un billet en deux. CFE avait une moitié, AvH avait l’autre moitié. On a mis les deux bouts de billets ensemble et on leur a donné une valeur pleine.


Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?

Pour cela, il faut un vendeur. La période est devenue mûre.

Deme n’est-elle pas une société trop endettée pour assurer son expansion ?

 Non, car elle a très fort investi ces cinq dernières années (environ 1,5 milliard d’euros). Cela veut dire qu’elle doit résorber une partie de son investissement. Cela ira vite. On a payé dans le passé 30 % des profits nets en dividendes. Cela me paraît un objectif normal que l’on se montre prêt à maintenir si tout se passe normalement chez Deme.

AvH est de plus en plus bipolaire, avec le dragage d’un côté et la banque de l’autre…

 Il y a deux pôles qui ont très fort grandi. Mais notre pôle de "private equity" présente une valorisation d’un peu plus d’un demi-milliard d’euros. Le pôle immobilier, y compris Leasinvest, pèse aussi un certain poids. A côté, il y a le pôle énergie avec la participation dans Sipef qui s’est bien développée.

Une scission des activités bancaires ne serait-elle pas la logique ?

Il ne faut jamais dire non à rien. Nous avons mis vingt-cinq ans pour passer de 50 millions à 2,5 milliards. Il est important pour un groupe d’avoir une certaine substance pour attirer l’attention des analystes et des investisseurs. Avant de faire une scission, nous avons beaucoup d’autres choses à faire.

A 62 ans, la question de votre succession se pose-t-elle ?

La gouvernance dans la société impose la retraite à 65 ans pour une fonction exécutive et à 70 ans pour les membres du conseil. C’est donc beaucoup trop tôt pour en parler.

Vous avez donc encore trois ans de bon ?

Exactement. J’espère bien que nous pourrons organiser ma succession à l’intérieur du groupe.

AvH est-elle une société "opéable" ?

Non. Près de 50 % du capital est dans les mains familiales. Nous travaillons depuis très longtemps à ce que nos actionnaires familiaux soient contents de notre performance. Je crois que c’est le cas aujourd’hui. Il y a une très grande cohésion. J’ai rencontré un grand soutien de l’actionnariat familial pour le dernier pas que nous avons fait avec Deme. On attend de nous un mouvement de la sorte tous les quatre ou cinq ans.

La Banque Delen pourrait-elle acquérir Delta Lloyd Banque qui est à vendre ?

Je crois que c’est une institution qui est davantage dans le sillage de Bank van Breda. Mais je ne peux pas en parler car elle est dans le marché.


Que représente l’inauguration des nouveaux bâtiments de la Banque Delen à Bruxelles ?

Il y a quelques années, Anvers était de loin la plate-forme la plus importante du groupe Delen. Aujourd’hui, Bruxelles doit être au moins aussi importante.


Vous connaissez quelques difficultés avec l’acquisition en 2011 de JM Finn en Angleterre. Cela ne vous refroidit pas ?

Non. Il n’y a pas le feu dans la maison. A terme, cela va donner des chiffres importants pour la banque. C’est un marché où il y a beaucoup de choses à faire.


Pourquoi AvH rachète ses propres actions ?

Nous améliorons ainsi la liquidité du titre. Notre objectif n’est pas de ramasser des titres. Ces rachats s’inscrivent aussi dans un programme d’options accordées au personnel.

Que pensez-vous de la nouvelle loi bancaire qui pourrait interdire le cumul de plus de trois mandats pour ceux qui siègent dans le CA d’une banque ?

Je n’ai pas vu le texte. Mais je pense qu’il est important que les banques aient des administrateurs compétents. Mon cas personnel n’est pas important. J’ai été très surpris que Freddy Bouckaert donne sa démission de la Bank van Breda dans la foulée de sa démission chez Belfius. Freddy a fait un excellent travail et était complètement dévoué à la cause de l’Etat.


Il est parti à cause de son renvoi en correctionnelle. C’est donc un cas différent.

Non, ce n’est pas un cas différent. C’est une décision qui me dépasse. C’est la personne dont on avait besoin. Personne n’est certes irremplaçable, mais Freddy Bouckaert a amélioré la situation de Belfius. Je trouve qu’il faut quand même être rationnel. Connaissant Freddy, je suis sûr qu’il n’est mouillé d’aucune façon. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de gens qui comprennent les risques bancaires comme lui.


Est-il indiqué, en termes de gouvernance, qu’un dirigeant d’une entreprise du BEL20 comme Didier Bellens soit aussi administrateur d’une société comme Immobel ?
C’est une décision personnelle. Je suis aussi administrateur dans des petites sociétés. J’y suis uniquement pour essayer d’aider à mettre en place une stratégie. Pour Didier Bellens, cela va peut-être dans les deux sens. Sa position dans Immobel lui donne une meilleure compréhension de l’immobilier. Est-ce quelque chose de reprochable ? Je ne le crois pas. Cela lui prend-il beaucoup de temps ? Je ne crois pas non plus. Il pourrait y avoir des conflits d’intérêts mais ils doivent être gérés. Didier Bellens est dans une position très politique. Il est attaqué comme un politicien. C’est un excellent gestionnaire qui a réussi à éviter des catastrophes dans un secteur où il y en a eu beaucoup. Je crois qu’il faudrait avoir de la reconnaissance vis-à-vis de ceux qui ont réalisé des choses positives. C’est terrible la façon dont on attaque des gens comme Freddy Bouckaert ou Didier Bellens.

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