Les unifs francophones soudées face à la présence flamande

Ce n’est pas un hasard si nos universités francophones ont choisi de s’unir et de travailler ensemble toute cette semaine en Afrique du Sud, où vient de s’ouvrir la mission économique princière présidée par Astrid, la sœur du roi Philippe.

Alice Dive, en Afrique du Sud
Les unifs francophones soudées face à la présence flamande
©BELGA

Ce n’est clairement pas un hasard si les universités francophones, l’UCL, l’ULB, l’ULg et l’UMons en tête, ont choisi de s’unir et de travailler ensemble toute cette semaine en Afrique du Sud, pays où vient de s’ouvrir la mission économique princière présidée par Astrid, la sœur du roi Philippe.

En "interuniversitaire" cette fois, les unifs francophones ont effectivement estimé qu’une union stratégique entre elles permettrait de renforcer leur visibilité sur la scène sud-africaine. Fortement ténue jusqu’à présent. Un constat qui contraste avec la situation qui prévaut du côté des universités flamandes qui, à l’inverse, sont déjà bien présentes "en territoire sud-africain" et entretiennent des relations de longue date avec les universités du pays, notamment.

Pourquoi donc ? Essentiellement pour des raisons d’affinités linguistiques (l’afrikaans est une langue très proche du néerlandais) mais également historiques (les Flamands gardent des liens très étroits avec les Hollandais, anciens colonisateurs de l’Afrique du Sud). Ainsi, jusqu’à samedi, tandis que les universités flamandes rencontreront, discuteront, conclueront, consolideront d’éventuels partenariats et collaborations (mobilité étudiante, échange de doctorants…) avec les universités sud-africaines et ce chacune en total électron libre, les universités francophones s’allieront entre elles de façon à se faire voir, à se faire repérer coûte que coûte. "Les universités flamandes ont clairement une longueur d’avance sur nous en Afrique du Sud", expose Jean Marchal, vice-recteur aux relations internationales de l’ULg et président de la Ciri, la Commission interuniversitaire des relations internationales, organe de concertation dépendant directement du Ciuf, le Conseil interuniversitaire de la Communauté française. "Par conséquent, nous ne venons clairement pas avec la même ambition, le même objectif : les universités flamandes cherchent à étendre et à renforcer encore un peu plus leurs collaborations avec les universités sud-africaines alors que nous, unifs francophones, envisageons d’abord cette mission comme une première exploration."

Un quasi néant relationnel Nord/Sud

La preuve, durant toute cette mission princière, à aucun moment les universités francophones n’échangeront ni même ne croiseront leurs homologues flamandes, si ce n’est le temps d’un soirée on ne peut plus officielle, histoire d’afficher un semblant de solidarité nationale en présence de la princesse Astrid. "C’est malheureux, mais c’est un fait", constate Benoît Macq, pro-recteur à l’action internationale et au Service à la société de l’UCL. "Les universités flamandes sont en très forte compétition entre elles. Particulièrement entre l’Université de Gand et la KULeuven qui se battent en permanence pour décrocher la plus belle place dans les rankings internationaux. Maintenant, soyons clairs, il y a aussi une émulation entre les universités francophones bien sûr et qui est très positive d’ailleurs, mais ce n’est clairement pas la même mentalité." Et Serge Jaumain, vice-recteur aux relations internationales de l’ULB d’exposer plus globalement : "Je pense que les universités francophones ont tout intérêt à travailler ensemble ici, en Afrique du Sud, afin d’expliquer à nos interlocuteurs de quelle manière on peut faire avec eux et chez eux et ce que la Belgique - et là je parle autant des Flamands que des francophones - est parvenue à faire en Afrique centrale (RDC, Rwanda, Burundi) sur le plan de la coopération universitaire au développement notamment."

Une opportunité donc pour les universités francophones d’exporter en Afrique anglophone, mais dans d’autres domaines, un modèle, une méthode, un "modus operandi" qui a bien fonctionné et continue de bien fonctionner (au-delà des querelles belgo-belges autour des fameuses compétences usurpées) en Afrique francophone. We will see, comme on dit.


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