Pourquoi McDonald’s liquide Heinz?

Le fast-food n’as pas digéré l’alliance de son fournisseur de ketchup avec Burger King.

Pourquoi McDonald’s liquide Heinz?
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Raphaël Meulders

Quarante ans que tout baignait dans l’huile pour les frites et hamburgers de McDonald’s et le ketchup de Heinz. Mais tout est fini. Les noces d’émeraude ont tourné au fiasco. La chaîne de fast-food nord-américaine vient de rayer définitivement Heinz de ses fournisseurs. En cause ? McDonald’s a très mal digéré le récent changement de propriétaire du fabricant de ketchup, désormais lié à son ennemi héréditaire, Burger King. “En réponse aux récents changements managériaux chez Heinz, nous avons décidé de faire appel au fur et à mesure à d’autres fournisseurs”, explique la chaîne de restauration rapide.

Derrière cette décision, qui pourrait avoir des conséquences sur l’emploi en Belgique (voir ci-contre), il y a aussi l’appétit gargantuesque d’un trio d’hommes d’affaires… brésiliens. Explications.

Burger King à la sauce brésilienne

Tout commence en 2010, lorsque Burger King est racheté, à la surprise générale, par 3G Capital. Derrière ce puissant fonds d’investissement, ayant un pied aux Etats-Unis et l’autre en Amérique du Sud, se retrouvent trois “inséparables” hommes d’affaires brésiliens : Jorge Paulo Lemann, Carlos Sicupira et Marcel Telles. Les hommes ne sont pas inconnus au Brésil puisqu’ils sont les principaux actionnaires du géant brassicole belgo-brésilien Inbev. Mais avec cette acquisition, ils prennent une autre stature, à l’image de Jorge Paulo Lemann, qui, avec une fortune estimée à près de 18 milliards de dollars (13 milliards d’euros), devient l’homme le plus riche du pays. Eternel challenger de McDonald’s, Burger King reprend aussi de l’aplomb, en se montrant notamment beaucoup plus conquérant sur les marchés mondiaux.

Mais les trois compères n’en restent pas là. Dès 2012, ils invitent le multimilliardaire américain Warren Buffett à la table des négociations pour acquérir conjointement Heinz, un autre géant de l’alimentaire. L’opération est bouclée en février 2013, pour un montant de 28 milliards de dollars (20 millions d’euros). “Lemann est mon professeur”, déclare alors à la presse brésilienne un Warren Buffett visiblement étonné par le sens des affaires de son partenaire. Le Brésilien explique, lui, sa stratégie. “ Au contraire des Américains qui n’ont d’yeux que pour les technologies, les hommes d’affaires brésiliens, quand ils investissent à l’étranger, misent sur des secteurs considérés comme vieux, comme la bière, le ciment, la sidérurgie ou même les hamburgers…” On ne s’étonnera donc plus d’avoir récemment entendu des rumeurs évoquant l’acquisition de notre ex-Quick national par Burger King.

Mais, même si on le surnomme le “Warren Buffett” brésilien, M. Lemann est différent du multimilliardaire US sur un point majeur : il aime intervenir dans ses nouvelles entreprises. C’est notamment ce qu’il a fait lors de l’acquisition de Burger King, en plaçant le Brésilien Bernardo Hees à la tête du groupe. Il aurait aussi poussé au licenciement d’une grande partie du top management “étasunien” lors de l’acquisition de Budweiser par Inbev. Dernière idée du Brésilien : mettre son poulain, Bernado Hees, aux commandes du fabricant de ketchup. Un ancien de Burger King à la tête de Heinz ? La goutte a fait déborder la bouteille (rouge) chez Mc Donald’s.


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