Bellens sommé de lâcher Immobel

Entendu par la Chambre, De Clerck veut changer les règles de gouvernance de Belgacom.

L. Lam.
Bellens sommé de lâcher Immobel
©BELGA

L’audition de Stefaan De Clerck, le nouveau président du conseil d’administration de Belgacom, et de Pierre-Alain De Smedt, le président du comité d’audit interne de l’entreprise, devant la commission Infrastructures de la Chambre s’est déroulée dans un climat plus serein que lors de la réception de Didier Bellens. Pour rappel, la Chambre avait demandé à Belgacom de commander un audit sur les problèmes de gouvernance de l’entreprise semipublique, notamment au sujet des affaires Michel Moll-Huawei et Didier Bellens-Immobel.

Mais, comme annoncé dans "La Libre" de ce mercredi, l’audit externe n’a pas convaincu les parlementaires. Stefaan De Clerck a d’ailleurs regretté que les conclusions du bureau Deloitte aient fuité dans la presse.

Au cours d’une audition de plus de trois heures, les députés ont regretté que l’audit externe n’aille pas assez loin. Ronny Balcaen (Ecolo) a déploré le choix de Deloitte, le réviseur des comptes de Belgacom, en tant qu’auditeur. L’ensemble des députés se sont plaints du fait que l’affaire Moll n’ait pas été incluse dans l’enquête. Quant à l’affaire Immobel, l’audit est de l’avis général incomplet. On soupçonne effectivement Belgacom d’avoir délivré des informations privilégiées à Immobel avant le déclenchement du processus de vente officiel de l’immeuble Paille. Mais l’enquête ne s’est pas attardée sur cette période-là.

"C’est la partie la plus faible de votre intervention, a déclaré Ronny Balcean à l’adresse de Stefaan De Clerck et de Pierre-Alain Desmedt. Il aurait fallu en savoir plus sur les contacts privilégiés intervenus entre Belgacom et Immobel avant l’annonce officielle de la mise en vente de l’immeuble Paille. Pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts, il faudrait également que Didier Bellens renonce à son poste d’administrateur d’Immobel".

"Je n’aurais pas accepté une mission d’Huawei"

La ligne de défense de Stefaan De Clerck et de Pierre-Alain De Smedt a été très claire : l’audit de Deloitte a été mené de façon indépendante et aucun élément n’indique qu’une faute ait été commise. Didier Bellens ne participait pas directement aux réunions concernant la vente de l’immeuble Paille. Ce à quoi une députée a répondu "qu’absence d’influence directe ne veut pas dire absence d’influence indirecte".

En ce qui concerne l’affaire Michel Moll/Huawei, les avis sont plus nuancés. "A sa place, je n’aurais pas signé un contrat avec cette entreprise, a reconnu Pierre-Alain De Smedt. Il aurait dû au minimum avertir le conseil d’administration de sa mission". Mais au niveau strictement légal, l’ancien président intérimaire de Belgacom n’aurait rien à se reprocher, selon Stefaan De Clerck. La loi de 1995 prévoit qu’un administrateur de Belgacom ne peut exercer de fonction dans le secteur des télécoms chez un concurrent. Mais une mission de consultance n’est pas forcément considérée comme une fonction.

Par ailleurs, la députée PS Karine Lalieux a salué la bonne volonté de Stefaan De Clerck qui s’est engagé à revoir les règles de gouvernance internes à l’entreprise. Il a promis de modifier le code de gouvernance de l’entreprise et s’est dit favorable à la révision de la loi de 1991 sur les entreprises publiques autonomes. Elle réclame également que Didier Bellens quitte son poste d’administrateur chez Immobel. Mais ça, rien ne l’y oblige légalement, selon Stefaan De Clerck.

Un troisième audit ?

Les audits interne puis externe n’ont pas permis de lever les doutes quant aux affaires Michel Moll-Huawei et Didier Bellens-Immobel. Y aura-t-il un troisième audit mené par une autre société que Deloitte ? Rien n’est encore certain. “On va d’abord demander à ce que les zones d’ombres de cet audit soient éclaircies, explique la députée PS Karine Lalieux. Il faut au minimum entendre Steven Van Casteren, l’ancien patron de Connectimmo, la branche immobilière de Belgacom”. Quant au député Ecolo Ronny Balcaen, il n’est pas persuadé qu’un nouvel audit éclaircirait la situation. “Les deux premiers n’ont rien donné, il faut sortir de ce climat pourri, note-t-il. Le mieux serait peut-être d’interroger à huis clos certaines personnes comme Steven Van Casteren”.

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