La BNB, le prochain casse-tête de Di Rupo

Françoise Masai, vice-gouverneur PS de la Banque nationale, devrait être remplacée. Quid des salaires ?

Mathieu Colleyn
La BNB, le prochain casse-tête de Di Rupo
©REPORTERS

A la Banque nationale, pas de commentaire. Au PS, pas de commentaire. Au cabinet de Koen Geens, ministre CD&V des Finances, pas de commentaire. Chez le Premier ministre Di Rupo, pas de commentaire non plus. Pour l’heure, le sort de Françoise Masai semble se jouer sous une épaisse chape de silence. Françoise Masai ? C’est la vice-gouverneur de la Banque nationale de Belgique, un poste convoité qu’elle doit normalement libérer durant le mois de décembre. Le 10, elle atteindra en effet l’âge de 67 ans, celui de la retraite au regard des statuts de la banque. En vertu de ce même règlement, le gouvernement peut tout aussi bien décider de prolonger le mandat de Françoise Masai, ce qui ne semble pas être l’option du moment.


Françoise Masai (Crédit Photo: Photo News)


En tout état de cause, cette nomination sentira à nouveau le soufre politique. Ancienne chef de cabinet d’Elio Di Rupo lorsqu’il était vice-Premier ministre (entre 1995 et 1999), la vice-gouverneur fut nommée par le PS, les socialistes devant conserver ce mandat au-delà du 10 décembre. Il va sans dire que cette nouvelle nomination rappellera au bon peuple belge le très mauvais vaudeville de la rentrée de septembre et son marchandage partisan pour renouveler les mandats publics à la SNCB, Belgocontrol et à la Loterie nationale, pour ne citer que ceux-là.

Elle ne manquera pas non plus de braquer les projecteurs sur la question des rémunérations au sein de la BNB. En haut de l’échelle, celles-ci atteignent des sommets inédits au niveau européen. Mais, cotée en bourse et jouissant d’un statut autonome spécifique, la BNB échappe pour l’heure à la politique de plafonnement pratiquée par le gouvernement, et principalement portée par le ministre des Entreprises publiques Jean-Pascal Labille (PS).

Tout le monde est d’accord, rien ne se passe

En septembre, on avait laissé entendre que le Liégeois préparait quelque chose, alors que l’ensemble des partis politiques francophones confiaient à "La Libre" qu’ils étaient en faveur d’une limitation comparable à celle qui a été décidée pour les CEO d’entreprises publiques (290000 euros maximum). Depuis lors, le dossier n’a guère évolué. Jean-Pascal Labille a dû se rendre à l’évidence, c’est bien le ministre Koen Geens qui dispose de la tutelle gouvernementale sur la Banque nationale. Celui-ci fut récemment interrogé à la Chambre par le député Ecolo Georges Gilkinet au sujet de la "politique salariale de la BNB". "Les Etats membres ne peuvent pas entraver la capacité d’une banque centrale nationale d’employer et de conserver le personnel qualifié dont elle a besoin pour remplir en toute indépendance les missions qui lui ont été confiées par le Traité et les statuts, a répondu Koen Geens. De même, une banque centrale nationale ne peut être placée dans une position où elle n’a pas de contrôle ou n’a qu’un contrôle limité sur son personnel." Et d’ajouter : "Je demanderai à mon administration d’évaluer, en concertation avec la BNB et ce, en conformité avec les prescrits européens, les dispositions législatives par rapport à la rémunération des membres de son comité de direction. Il est donc trop tôt pour se prononcer en vue d’éventuelles modifications."

En clair, on ne touche à rien pour le moment. Dans sa réponse, le ministre continue de renvoyer la balle au Conseil de Régence, l’organe qui, en concertation avec un comité de rémunération, fixe les émoluments au sein de la banque. Le comité de rémunération dispose pourtant d’un pouvoir d’initiative clair. On y trouve un représentant du ministre Geens, ainsi que d’autres personnalités politiques comme, en 2012, Jean-François Cats (PS), chargé en son temps par son parti de faire le ménage à Charleroi ou encore Francine Swiggers (CD&V), ex-administratrice de Dexia et membre du Mouvement ouvrier chrétien. Le top syndical belge est par ailleurs représenté au Conseil de régence. "La CSC a une position très claire, la tension salariale (le rapport entre le salaire le plus haut et le salaire le plus bas, NdlR) doit être de 1 à 7 dans une entreprise comme la Banque nationale, confie Marc Leemans, siégeant au Conseil de régence pour le syndicat chrétien. Mais depuis que j’y suis on n’en a jamais parlé. Je sais seulement que les salaires sont indexés."

Rudy De Leeuw, président de la FGTB, se dit favorable à un plafonnement des rémunérations dans les hautes sphères de la BNB : "Il n’y a pas d’équivoque là-dessus mais je suppose que cela doit être discuté au moment des renouvellements de mandats." Ce qui nous renvoie à Françoise Masai. Comment le gouvernement Di Rupo va-t-il gérer son remplacement, et justifier l’éventuelle poursuite de la politique salariale à la BNB alors qu’un très large consensus apparaît pour y plafonner les rémunérations ? Notons enfin que le mandat de Luc Coene, le gouverneur Open VLD de la banque, arrivera à échéance en mars prochain. Et il n’est pas certain qu’il soit prolongé. De quoi encore discuter gros sous avant les élections.