Michel Moll: "Virer Bellens? Ce n’est pas le moment!"

Le gouvernement devrait trancher ce vendredi sur le cas Bellens. L’éviction du patron de l’opérateur télécom est délicate à aborder à plus d’un titre… L’ex-président du conseil d’administration prend la défense de Didier Bellens.

Patrick Van Campenhout
Michel Moll: "Virer Bellens? Ce n’est pas le moment!"
©Belga

Michel Moll, président sortant du conseil d’administration de Belgacom, a accepté de réagir dans le débat autour de Didier Bellens. Avec le souci, dit-il, de préserver l’intérêt de l’entreprise Belgacom et de ses parties prenantes.

L’Etat est-il un piètre actionnaire, comme l’a dit Didier Bellens dans un style assez… direct? Ou peut-on parler d’un actionnaire schizophrène qui demande tout et son contraire à l’entreprise (dividendes, salaires contenus et prix planchers)? 


Monsieur Bellens gouverne, au sens marin du terme qui convient bien ici, une entreprise totalisant un chiffre d’affaires de quelque 6,4 milliards d’euros, réalisé dans un marché hautement concurrentiel et en évolution permanente. C’est une situation que l’on connaît, de manière aussi incidente que dans les métiers de Belgacom, dans fort peu de secteurs industriels. Dans pareille posture, rester compétitif est une obligation managériale particulièrement contraignante. Dans ce contexte, qui pourrait ne pas apercevoir que cette "multipolarité" d’un actionnaire de référence, souvent imprévisible et majoritaire de surcroît, n’est pas un atout pour la marche et la continuité des affaires d’une société cotée faisant très largement appel à l’épargne publique et aux investisseurs privés pour financer ses activités ? Il est d’ailleurs urgent que l’Etat opère en son sein de nécessaires "arbitrages". Concrètement, pour Belgacom, on comprendra que cette multipolarité actionnariale se traduise, de manière difficile à anticiper avec précision, par des effets négatifs sur ses coûts ou des obstacles à leur réduction, ou encore par des retards inattendus à la production de nouveaux revenus. Enfin, ignore-t-on que l’Etat soit fort attentif à la rémunération du capital de la société? 

Est-il correct de dire que Belgacom est alimentée avec l’argent du contribuable? 

Non. C’est totalement faux ! Les Belges veulent savoir ce que l’on fait avec leur argent et ils n’acceptent pas que leurs deniers servent à payer des rémunérations excessives. Je réagis personnellement de la même manière. Or, s’il fallait citer un chiffre à cet égard, je prendrais le montant total encaissé par l’Etat - du seul fait des performances de Belgacom et en limitant la question à la période de 10 ans qui a suivi l’entrée en Bourse de la société : on approche les 15 milliards d’euros. Le citoyen n’est en rien mis à contribution pour faire fonctionner Belgacom. 

Mais on voit ici des managers aux salaires mirobolants? 

Belgacom rémunère ses dirigeants à "leur valeur de marché". Cette "valeur de marché" est fonction de la valeur ajoutée que leurs compétences permettent de créer à l’avantage de toutes les collectivités et régions du pays, un intérêt social qui déborde très largement celui de toutes les parties prenantes de la société. Ces salaires correspondent par ailleurs à ce qui est payé dans d’autres entreprises européennes du secteur. Les Belges sont également scandalisés par ce que les banques ont fait de l’argent qu’ils y ont perdu. Belgacom n’est, en rien, concerné par ce débat. Les anciens dirigeants des banques se sont trompés de stratégie et ont conduit leurs entreprises au trou. Et leurs administrateurs ont manqué de clairvoyance… Pour sa part, le CA de Belgacom a marqué son accord à l’unisson sur la stratégie proposée par l’administrateur délégué. Et il a renouvelé cet accord, au fil des exercices sociaux, en ajustant annuellement cette stratégie gagnante aux incessantes évolutions technologiques et aux régulations, et en décidant des budgets pour la mettre en œuvre. 

L’actionnaire majoritaire ne prend-il pas un risque en "virant" le cas échéant Didier Bellens? 

A la différence de ses homologues européens à la tête d’autres grands fournisseurs de multiservices intégrés de télécommunications sur le continent, l’administrateur délégué de Belgacom a eu la capacité d’élever, toujours plus haut, les performances du premier opérateur du pays. Dans le secteur des télécommunications, dont le long terme est davantage à horizon de trois ans que de cinq, rater une marche des multiples et fréquentes évolutions technologiques et des régulations se paie immédiatement cash ! Et nous sommes par ailleurs à l’aube d’une année charnière qui devrait voir l’entame d’une consolidation sectorielle en Europe. Mais celle-ci sera initiée par des acteurs qui n’en seront pas originaires, avec lesquels il faudra composer selon des modes opératoires moins courants. Dans ces circonstances, éviter de priver, à l’emporte-pièce, Belgacom d’un manager de haut vol, à la carrure internationale, dont l’expertise est éprouvée dans chacun des métiers convergents que décline le groupe industriel, et dont les performances sont unanimement saluées dans et hors les sphères économiques tant en Belgique qu’à l’étranger, devrait rassembler les énergies plutôt que de les disperser.


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