Didier Bellens révoqué de Belgacom sans parachute

Didier Bellens est révoqué de ses mandats par le comité ministériel restreint pour "manquement grave". L'ancien patron de Belgacom ne bénéficiera d'aucune indemnité.

Laurent Lambrecht
Didier Bellens révoqué de Belgacom sans parachute
©Photonews

C’est donc ce vendredi soir, au terme d’un kern qui a joué les prolongations, que le sort de Didier Bellens a été scellé. Sans surprise, le CEO de l’opérateur historique a été révoqué. L’objectif du gouvernement est donc que Didier Bellens quitte le navire sans parachute doré. Le ministre des Entreprises publiques, Jean-Pascal Labille (PS), et le Premier ministre, Elio Di Rupo (PS), ont commenté cette décision devant une horde de journalistes. Ils ont évoqué des “manquements graves” de la part du CEO ainsi que des propos “injurieux” et “dénigrants” à l’encontre de l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. Précision importante, on ne parle plus de “faute grave” comme l’avait laissé entendre le Vice-premier ministre Didier Reynders (MR).

Les déclarations tapageuses prononcées par l’administrateur-délégué de Belgacom la semaine passée au club d’affaires B19 auront signé son arrêt de mort. Pour rappel, Didier Bellens avait déclaré qu’Elio Di Rupo était comme un petit enfant qui venait chercher sa Saint-Nicolas en fin d’année. Il avait également confié que l’Etat était le plus mauvais actionnaire qu’il ait jamais connu. Cet épisode était, il est vrai, le énième d’une saga qui n’en finissait pas. Jean-Pascal Labille a ainsi évoqué une “rupture de confiance irrémédiable” entre l’Etat et Didier Bellens. Le ministre des Entreprises publiques a aussi cité les nombreux “licenciements et promotions de hauts cadres intervenus depuis 2011”.

La grande question qui reste à trancher est celle du fameux parachute. Plusieurs sommes d’argent, allant de 800 000 à 2,4 millions d’euros, ont été annoncées. Le gouvernement a tranché et a décidé de révoquer Didier Bellens, ce qui signifie un départ sans indemnité. Jean-Pascal Labille a lui-même annoncé la nouvelle à Didier Bellens “qui logiquement n’était pas content”. L’échange a été bref et le désormais ex-CEO de Belgacom n’aurait pas encore fait savoir s’il attaquerait cette décision. “Nous sommes dans un Etat de droit, a simplement précisé Jean-Pascal Labille. Didier Bellens a la possibilité de contester cette décision devant les tribunaux”.

Reste la question de la transition. Le conseil d’administration se réunira ce samedi matin pour désigner le patron intérimaire de Belgacom. Il s’agira d’un membre du comité de direction épaulé par Stefaan De Clerck, le nouveau président du conseil d’administration.

Par ailleurs, la nomination du nouveau CEO devrait intervenir dans “les plus brefs délais”, selon Jean-Pascal Labille. Il y a pourtant beaucoup de chances que les débats coincent sur sa rémunération. Pour rappel, le salaire annuel des patrons d’entreprises publiques a été plafonné à 290 000 euros par an. Problème, de nombreux dirigeants de Belgacom dépassent allégrement cette limite. Difficile de croire que le CEO gagnera moins que des personnes situées en dessous de lui dans la hiérarchie.

En attendant de s’attaquer à cette question, le gouvernement a refilé la patate chaude à Belgacom. “Nous avons demandé au comité de rémunération qu’il fasse une proposition sur le salaire du nouveau CEO, a déclaré Elio Di Rupo. Il est certain que ce salaire devra tenir compte des décisions récentes du gouvernement en matière de rémunération mais aussi des spécificités de Belgacom”. Tout comme bpost, Belgacom a une partie de son actionnariat coté en Bourse. Il semblerait donc qu’on fasse une exception pour ces CEO.