Les banques, une manne inespérée pour l'Etat

L’Etat belge a gagné beaucoup d’argent en sauvant les grandes banques belges.

Les banques, une manne inespérée pour l'Etat
©Photonews
Ariane van Caloen

L’Etat belge a gagné beaucoup d’argent en sauvant les grandes banques belges. En tout cas jusqu’à maintenant. Les montants, calculés par "La Libre" sur base des chiffres collectés à bonne source, sont impressionnants et mêmes surprenants. Ils dépassent les 6 milliards d’euros si on ne tient pas compte du coût du financement de ce sauvetage. Ils sont dopés par la plus-value que vient de réaliser la Belgique suite à la vente de sa participation de 25 % dans BNP Paribas Fortis, la première banque du pays.

Mais, il n’y a pas que ça. Cinq ans après la débâcle des grands noms de la finance belge, le bilan net est positif pour le contribuable belge. Même s’il subsiste des risques importants pour Dexia.

Au jour d’aujourd’hui, les recettes obtenues (voir infographie) sont composées de divers éléments. Il y a tout d’abord les plus-values engrangées suite à la cession de BNPP Fortis et de Royal Park Investments, le véhicule où avaient été logés les actifs toxiques de l’ex-Fortis. Pour KBC auquel l’Etat belge avait prêté 3,5 milliards (tout comme d’ailleurs la Région flamande), les recettes ne proviennent pas de plus-values mais de primes de remboursement (500 millions) et de taux d’intérêt élevés (800 millions). A quoi il faut ajouter les commissions de garanties d’Etat qu’a dû payer la banque flamande sur son portefeuille de papier à risque. Comme nous le dit un analyste, ce "fut le jackpot". Sur un prêt de 3,5 milliards, l’Etat a gagné 2,7 milliards.

Pour le groupe franco-belge en liquidation Dexia, la situation est, comme on le sait, nettement moins bonne. L’Etat belge a souscrit à deux augmentations de capital. En 2008, il avait mis un milliard sur la table tout comme d’ailleurs les trois Régions. Les pouvoirs publics ne reverront plus jamais cet argent. C’est une certitude. En décembre 2012, la Belgique a dû recapitaliser la banque en liquidation (tout comme la France). Elle a injecté 2,9 milliards. Va-t-elle un jour récupérer sa mise ? "Le portefeuille de Dexia est très long et trop complexe pour être vendu en petits morceaux. Tout n’est pas prévisible. Regardez la faillite de la ville de Detroit qui a un impact négatif de 100 millions sur les comptes. Il ne faut pas espérer de voir le bout du tunnel avant 2020", nous dit une source proche du dossier.

Bombe à retardement

Le CEO Karel De Boeck a déjà bien œuvré pour réduire les risques. Mais le bilan reste une bombe à retardement : 237 milliards d’euros dont 10 milliards de dette souveraine italienne. On n’ose imaginer ce qui se passerait si l’Italie suivait l’exemple de la Grèce avec un plan de rééchelonnement de sa dette. "Qui oserait dire que l’Italie ne fera jamais défaut ?", nous dit un analyste. Ce serait un scénario catastrophe pour la Belgique. Qui, rappelons-le, assure encore des garanties pour 41 milliards d’euros. Point néanmoins positif dans ce dossier pourri : le gouvernement a gagné 1,5 milliard en commissions de garantie. Mais, il ne gagnera quasi plus rien sur ce front-là vu que les niveaux de commissions ont été revus nettement à la baisse.

Il y a aussi le dossier Belfius. L’ex-Dexia Banque rachetée par l’Etat belge en octobre 2011 tourne plutôt bien. L’incertitude ou disons le risque porte sur le prix de revente que pourrait obtenir l’Etat actuellement actionnaire à 100 %. Comme ne cesse de le répéter le ministre des Finances Koen Geens (CD&V), l’Etat n’a pas vocation à être actionnaire d’une banque. Dès qu’il pourra, il vendra. Mais, vu la conjoncture difficile pour les banques, les acheteurs ne se bousculent pas.

On ne saura donc avec certitude si l’Etat n’a rien perdu dans le sauvetage des banques que quand les dossiers Dexia et Belfius seront clôturés. Ce n’est pas pour demain…

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