Malgré la pression de la rue, le Parlement portugais vote la rigueur

Les députés portugais, malgré la pression de la rue, s'apprêtaient mardi à voter un budget d'austérité très impopulaire pour 2014, censé permettre au pays sous perfusion financière de s'affranchir de la tutelle de ses créanciers.

AFP

Les députés portugais, malgré la pression de la rue, s'apprêtaient mardi à voter un budget d'austérité très impopulaire pour 2014, censé permettre au pays sous perfusion financière de s'affranchir de la tutelle de ses créanciers.

"Sans ce budget, le pays ne pourra pas envisager une sortie de son programme d'assistance financière à la date prévue" en juin 2014 et retrouver un plein accès aux marchés, a assuré maintes fois le Premier ministre Pedro Passos Coelho.

Mais la Cour constitutionnelle, saisie samedi par le président Anibal Cavaco Silva, risque de contrecarrer les projets du gouvernement. D'ici une vingtaine de jours, elle doit se prononcer sur une mesure phare du budget, les coupes de près de 10% dans les retraites des fonctionnaires.

En attendant ce verdict crucial, la coalition gouvernementale de centre droit, qui dispose d'une majorité confortable au Parlement, était assurée de pouvoir faire adopter définitivement le texte déjà voté en première lecture le 1er novembre.

Aux cris de "gouvernement, démission!" et "y en a marre des escrocs, on veut des élections", des milliers de Portugais protestaient devant le Parlement à l'appel de la CGTP, la principale confédération syndicale du pays.

"Même si cette manifestation ne change pas le résultat du vote, c'est important que le gouvernement et les députés sachent que les Portugais s'opposent à ces mesures", a témoigné Isabel Quintas, une fonctionnaire à la retraite âgée de 61 ans.

En tant qu'ancienne cadre de la Sécurité sociale, sa pension de retraite sera réduite de 300 euros à 1.300 euros par mois l'an prochain.

Les fonctionnaires et retraités sont les catégories les plus touchées par la douloureuse cure d'austérité que le gouvernement a administrée au pays. L'effort demandé est immense, 3,9 milliards d'euros, soit 2,3% du PIB.

Les sacrifices demandés aux Portugais doivent permettre au pays de ramener son déficit public à 4% du PIB en 2014, contre 5,5% en 2013. Inflexible, la troïka des créanciers (UE-FMI-BCE) avait refusé début octobre d'alléger cet objectif et de le porter à 4,5%. Elle sera de retour à Lisbonne le 4 décembre.

En première ligne, les fonctionnaires subissent des baisses salariales allant de 2,5% à 12% qui viennent s'ajouter aux coupes dans leurs retraites. Seule concession du gouvernement, les coupes s'appliqueront finalement à partir d'un seuil de 675 euros et non de 600 euros comme prévu dans un premier temps.

"Couper le salaire de quelqu'un qui rapporte à peine plus de 600 euros à la maison au bout d'un mois de travail, c'est vraiment inhumain", s'est emporté le député communiste Antonio Filipe durant le débat budgétaire.

A l'instar de l'ensemble de l'opposition de gauche, le Parti socialiste devait voter à nouveau contre le budget, refusant de "donner un chèque en blanc" au gouvernement et de cautionner les contreparties au plan de sauvetage de 78 milliards d'euros qu'il avait pourtant cosigné en 2011.

Son secrétaire général Antonio José Seguro a appelé le président Cavaco Silva à porter l'ensemble du budget 2014 devant la Cour constitutionnelle, pour corriger au plus vite d'autres mesures "injustes".

Le PS a essuyé cependant un premier revers lundi, la Cour constitutionnelle ayant jugé conforme à la loi l'allongement de 35 à 40 heures du temps de travail hebdomadaire des fonctionnaires.

Alors que les spéculations vont bon train sur une nouvelle hausse de la TVA pour se substituer à des mesures censurées, le ministre de l'Economie Antonio Pires de Lima a assuré qu'"il n'y a aucun plan B": "augmenter les impôts serait mauvais pour l'économie qui commence à remonter".

Le Portugal a confirmé au troisième trimestre sa sortie de récession, en enregistrant une timide croissance de 0,2%. Mais la reprise est encore fragile et ne supporterait guère un nouveau choc fiscal.