Les Belges réalistes sur les fins de carrière

Les travailleurs plus âgés souhaitent surtout plus de flexibilité, révèle une enquête.

Les Belges réalistes sur les fins de carrière
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Solange Berger

enquête

En Belgique, seuls quelque 40 % des 55-64 ans ont un emploi, selon Eurostat. Un chiffre bien en deçà de la moyenne européenne (50 %) et de pays comme la Norvège ou la Finlande (+ de 80 %). "Et il n’y a pas vraiment d’évolution dans le temps", constate Xavier Baeten, professeur de "management practice - reward & governance" à la "Vlerick Business School". Un problème qui a plusieurs origines. Parmi celles-ci, le coût en général plus élevé des plus de 55 ans. Cela a des conséquences sur l’employabilité. "On constate d’ailleurs que plus il y a de tension salariale, plus le taux d’emploi baisse."

Mais que pensent les travailleurs concernés ? Comment voient-ils leur fin de carrière ? Et après ? Dans le cadre d’une grande enquête exclusive sur les salaires "La Libre"- "De Standaard"-Vlerick, l’école de commerce a sondé les lecteurs des deux quotidiens. Une partie de l’étude était destinée aux plus de 45 ans et concernait leur fin de carrière.

Anticiper

Quelque 22 % des 404 lecteurs de plus de 45 ans qui ont répondu à l’enquête ont déclaré qu’ils pensaient fréquemment à leur future pension. Pour les 55-60 ans, ce chiffre grimpe à 48 % et pour les 61-65 ans, à 55 %. Quant aux aspects financiers, 35 % des 45-54 y songent fréquemment, 57 % des 55-60 ans et 70 % des plus de 61 ans. "Il est étonnant de voir que les Belges pensent en fait peu aux aspects financiers de leur pension. Ils ne sont pas nombreux à s’y préparer", analyse Xavier Baeten. Mais s’ils y pensent peu, ils n’en sont pas moins réalistes. "Quand nous leur avons demandé quel pourcentage de leur salaire actuel ils devraient conserver pour garder un certain niveau de vie, la plupart ont répondu 75 %, ce qui correspond à la réalité", poursuit Xavier Baeten.

Quant à l’âge de la retraite souhaité, il est de 62 ans. "Avant, on était plutôt à 60 ans. On sent déjà la prise de conscience de la nécessité de devoir travailler plus tard. Mais cela reste une différence de trois ans par rapport à l’âge légal (65 ans)", note le professeur de la Vlerick, qui constate encore (voir infographie) que "plus les travailleurs approchent de l’âge de la retraite, plus ils sont prêts à travailler plus longtemps".


L’étude s’est également intéressée aux aspects financiers de la pension. "La plupart des sondés estiment que leur pension légale sera comprise entre 1 400 et 1 500 euros net par mois. Cette estimation est à nouveau assez réaliste."

Le deuxième pilier, constitué des assurances-groupes et des fonds de pensions, a aussi été pris en compte. L’étude montre que les employés pensent qu’ils vont percevoir au moment de leur pension environ 33 500 euros, les managers 100 000 euros. "C’est une fois de plus assez réaliste. Mais on constate cependant que près de 60 % ne comprennent pas ou ne lisent pas les informations à propos de ce deuxième pilier. Or, il est important, dans un contexte de réduction des coûts, de bien se renseigner", estime le professeur de la Vlerick.

En ce qui concerne le 3e pilier, constitué de l’épargne individuelle, 74 % des sondés déclarent y avoir recours.

La question se pose : quels éléments pousseraient les travailleurs à rester actifs plus longtemps ? Les 45-54 ans seraient les plus motivés par un changement de fonction combiné à un temps partiel ; les 55-60 ne sont, eux, pas prêts à changer de fonction (voir infographie). "On constate que les Belges sont prêts à travailler plus longtemps surtout si on leur accorde une plus grande flexibilité dans les horaires, des vacances en plus, et une progression de la rémunération jusqu’à la fin. L’étude montre que le temps qu’ils sont prêts à consacrer à leur travail diminue avec l’âge. Seul un Belge sur cinq veut travailler entre 60 et 65 ans à 80 % ou plus. Cependant, certains sont prêts à travailler au-delà de 65 ans, mais à 20 %", explique Xavier Baeten, qui évoque la pension flexible comme une sorte de 4e pilier. "Cette flexibilité nécessite une anticipation et une préparation. Ce n’est pas bon pour l’entreprise de pousser les plus âgés dehors juste parce que leur politique dit que c’est le bon moment."


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