En sommet à Bali, l'OMC joue sa survie

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) entame mardi sur l'île indonésienne de Bali une ministérielle de la dernière chance, avec pour mission quasi-impossible de sauver les négociations moribondes sur la libéralisation des échanges, et jusqu'à l'avenir même de l'organisation.

AFP
En sommet à Bali, l'OMC joue sa survie
©AFP

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) entame mardi sur l'île indonésienne de Bali une ministérielle de la dernière chance, avec pour mission quasi-impossible de sauver les négociations moribondes sur la libéralisation des échanges, et jusqu'à l'avenir même de l'organisation.

La neuvième réunion ministérielle de l'OMC ne pouvait pas démarrer sous de pires auspices: malgré des mois de pré-négociations à Genève, les 159 Etats-membres n'ont même pas réussi à s'entendre sur une ébauche d'accord qu'ils auraient pu présenter aux ministres à Bali.

"Nous n'allons pas à Bali avec des textes parachevés, nous avons échoué à trouver une convergence", a concédé mardi le nouveau directeur général Roberto Azevedo. Le Brésilien, qui veut faire mieux que le Français Pascal Lamy à qui il a succédé en septembre, a pourtant déployé des efforts désespérés pour ressusciter l'ambitieux Programme de Doha pour le développement (PDD), lancé en 2001 au Qatar mais resté lettre morte depuis.

Le PDD ou "Cycle de Doha" veut réduire les obstacles au commerce international afin de doper l'économie. 34 millions d'emplois pourraient ainsi être créés dans le monde, selon une étude de l'institut Peterson, basé à Washington.

Pour tenter de relancer les négociations, les ambitions avaient déjà été fortement réduites. Le "paquet de Bali" sur lequel plancheront les ministres jusqu'à vendredi ne concerne ainsi qu'environ 10% des ambitions de Doha: la facilitation des échanges, l'agriculture et le développement.

Les négociations achoppent sur le volet agricole: les pays en développement veulent constituer des stocks pour nourrir à bas prix les plus pauvres mais l'OMC considère cela comme une subvention et impose donc des limites draconiennes.

L'Inde mène le combat, certains l'accusant de prendre en otage l'OMC pour des visées électorales. Ce sujet est "vital pour Delhi, à l'approche des élections de mai prochain", explique à l'AFP l'Indien Pradeep S Mehta, ancien conseiller de l'OMC.

Les Etats-Unis, fervents opposants, ont proposé un compromis, appelé "clause de paix": aucune poursuite ne serait engagée pendant quatre ans, le temps de trouver une solution durable, contre les pays qui dépasseraient le plafond de subventions. Mais l'Inde refuse une solution qu'elle juge trop intérimaire, soulignant que les pays riches, eux, ne se privent pas de subventionner massivement leur agriculture.

"Il doit y avoir un accord à Bali"

Pour arracher un accord, des Etats voudraient saucissonner le "paquet de Bali" pour au moins s'entendre sur l'aide aux Pays les moins avancés (PMA), largement consensuelle. Ces derniers ont annoncé jeudi s'être entendus sur "un accord" à ce sujet, relançant les espoirs. "Il peut et il doit y avoir un accord à Bali", a ainsi déclaré la ministre française du Commerce extérieur Nicole Bricq, voyant dans le risque d'échec un "levier". "S'il n'y a pas d'accord, l'OMC est disqualifiée", a-t-elle fait valoir. "Un échec à Bali serait très cruel pour l'OMC... et coûterait cher pour sa crédibilité et sa pertinence", renchérit Sergio Marchi, ancien ministre canadien du Commerce international.

Azevedo l'a lui-même reconnu: ce n'est pas seulement de l'avenir du cycle de Doha qu'il s'agit "mais aussi de l'avenir de l'OMC". Dans un ultime appel lancé vendredi, le directeur reconnaît que "le résultat de la réunion (ministérielle) est vraiment en question" mais que "les écarts de position qui persistent peuvent être comblés". "Si les ministres veulent un accord, c'est tout à fait possible. Ce qu'il nous faut, c'est la volonté politique", a-t-il assuré.

Une OMC incapable de générer un accord sonnerait le glas du multilatéralisme, estiment de nombreuses personnes, tandis que se multiplient les accords commerciaux régionaux. Or ces traités "excluent le plus souvent les plus faibles et les plus pauvres", avertit M. Azevedo. "Un échec à Bali ne serait pas seulement celui du monde des affaires mais également celui des plus vulnérables d'entre nous".

Déjà, certains pays s'apprêtent à tirer un trait sur l'OMC, comme les Etats-Unis, estime Kevin P. Gallagher, analyste à l'Université de Boston. "En menaçant d'abandonner l'OMC si ses exigences ne sont pas pleinement satisfaites, les Etats-Unis dévoilent clairement leurs intentions de se concentrer sur des traités comme le Partenariat trans-Pacifique", projet visant à regrouper douze pays d'Asie-Pacifique, estime-t-il.

Bali représente "la dernière chance de sauver les négociations multilatérales", lâche-t-il.

Sur le même sujet