"La France me fait peur..."

La crise de la zone euro est-elle derrière nous? Nous avons rencontré Roland Gillet, professeur de finance à la Sorbonne et à l'ULB (Solvay) et expert reconnu au niveau international.

Vincent Slits
"La France me fait peur..."
©AFP

La crise de la zone euro est-elle derrière nous? Nous avons rencontré Roland Gillet, professeur de finance à la Sorbonne et à l'ULB (Solvay) et expert reconnu au niveau international, pour un focus sur l'Europe et la zone euro.

Quelle stratégie devrait suivre l’Europe ?

Ne pas soumettre ces pays à des mesures d’austérité supplémentaires… Tant que ces pays sont tenus d’honorer toujours davantage d’intérêts suite aux nouveaux prêts accordés, leur situation reste très fragile. Il faudrait aider ces pays en travaillant avec eux. Il faut arrêter de les stigmatiser "ce sont tous des profiteurs, des fainéants"... Cela n’a qu’un seul effet: faire monter les nationalismes. La seule chose que l’on a dans le viseur, c’est le retour de la croissance pour sortir les pays les plus faibles du marasme. Mais va-t-on courir le risque d’être certain que cette croissance sera bien au rendez-vous ? Ou prendre des mesures pour qu’un pays de la taille de l’Espagne - qui n’a rien caché, pas triché - soit enfin efficacement secondé ?

Vous êtes pessimiste ?

L’Allemagne a quatre ans de stabilité politique. Il y a donc une fenêtre d’opportunité pour agir. Mais l’Italie reste fragilisée par son large endettement. La France me fait peur : c’est elle qui tarde à vouloir aller plus loin avec l’Allemagne pour une vraie solidarité en Europe, même si le langage officiel est différent. Si demain la France dit "on se met d’accord avec l’Allemagne, on fait un transfert (NdlR : sans remboursement donc, ni intérêts) à l’Espagne de 100 milliards d’euros", le plus gros risque disparaît. Mais cela aurait un impact sur les budgets nationaux des Etats qui seraient prêts à faire ce transfert, ce qui veut dire que certains pays ne seraient plus dans les clous budgétaires, non en raison d’une solidarité nationale mais européenne. Cette solidarité est nécessaire et la France en a les moyens si elle les étale dans le temps. Mais il faudrait alors qu’en France notamment certains osent s’engager et dire qu’en réalité on n’a encore rien "donné" mais que la France a, en réalité, continué de gagner de l’argent en aidant l’Espagne. Le vrai sujet devient vite comment fait-on pour faire passer la pilule à la population sans renforcer les extrêmes ? 100 milliards d’euros, c’est 0,1 % du PIB européen, c’est moins de la moitié de ce que les Belges ont sur leur livret d’épargne. Si un petit pays comme le nôtre peut - avec la moitié de ce qui se trouve sur ses comptes d’épargne - sauver un pays de la taille de l’Espagne, il est tout simplement impensable que l’Europe ne puisse pas le faire…

Le prix Nobel Robert Schiller a attiré l’attention récemment sur la création d’une nouvelle bulle spéculative. C’est aussi votre avis ?

Robert Schiller se focalise sur le point suivant: inciter fiscalement des acteurs économiques qui jouent sur l’effet de levier, c’est-à-dire qui s’endettent pour faire des investissements, est dangereux car cela diminue le coût de leur endettement, accroît leur capacité d’endettement et débouche souvent sur une surévaluation des actifs. Les Etats poussent donc un peu au crime, notamment au niveau des ménages et de l’immobilier résidentiel. Tant que l’on est dans des conjonctures positives, tout va bien. Mais dès que le cycle se retourne, la spirale négative peut rapidement s’emballer. Attention donc à ne pas créer les conditions propices à des bulles spéculatives avec à la clé des corrections sévères.

L'interview complète avec Roland Gillet est à retrouver dans La Libre Belgique en PDF en cliquant ici.


L'invité du samedi de LaLibre.be sera l'économiste Geert Noels, auteur de "Econoshock"