Les entreprises belges de retour en Iran

Dans les relations internationales, le monde économique va souvent plus vite que le politique. Alors que l’Union européenne vient d’entamer une procédure pour assouplir les lourdes sanctions économiques touchant l’Iran, les entreprises du Vieux Continent reviennent déjà "en masse" dans le pays.

Meulders Raphaèl
Les entreprises belges de retour en Iran
©AFP

Dans les relations internationales, le monde économique va souvent plus vite que le politique. Alors que l’Union européenne vient d’entamer une procédure pour assouplir les lourdes sanctions économiques touchant l’Iran, les entreprises du Vieux Continent reviennent déjà "en masse" dans le pays. "Tout le monde y va", explique Sabien Soetens, la responsable du commerce international chez BECI, l’organisation patronale et la chambre de commerce bruxelloise.

Des exemples ? Depuis l’accord sur le nucléaire iranien signé à Genève fin novembre, des géants pharmaceutiques comme Merck ou le français Sonafi sont partis sonder le marché de la République islamique. Pour rappel, l’accord de Genève, signé entre le groupe 5+1 (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie + Allemagne) et Téhéran, prévoit notamment un arrêt de l’enrichissement de l’uranium contre une levée partielle des sanctions occidentales. Le processus devrait toutefois durer plusieurs mois, voire plusieurs années.

Une échéance trop longue pour les entreprises belges qui ont décidé de bouger. Une mission économique est ainsi prévue du 24 au 30 avril prochains à Téhéran et Ispahan (troisième ville du pays). Elle sera organisée par BECI et chapeautée par les trois organismes régionaux chargés du commerce extérieur (l’Awex, le Fit et Bruxelles Invest Export). Mais aucun ministre ne fera le déplacement en Iran. BECI s’attend à l’inscription d’une petite trentaine d’entreprises.


Une première depuis "des années de malentendus"

L’organisme bruxellois attendait "depuis des mois" pour lancer ce voyage. "Il nous fallait un signal positif, poursuit Sabien Soetens. Depuis cet accord sur le nucléaire, tout indique que les sanctions vont tomber. Quand exactement ? C’est très difficile à dire. Mais nous n’avons pas le temps d’attendre, il faut se positionner et être les premiers sur la balle." D’après la responsable bruxelloise, les entreprises belges doivent déjà être prêtes quand le marché iranien sera "entièrement ouvert". "Si on n’anticipe pas ce moment-là, ce sera trop tard, vu la concurrence des autres entreprises étrangères. C’est maintenant qu’il faut prendre tous les contacts nécessaires."

Les entreprises belges font donc, officiellement, un grand retour dans l’ancienne Perse : aucune mission de ce type n’avait été organisée "depuis de nombreuses années". BECI explique d’ailleurs sur son site qu’"après des années de malentendus (sic) entre l’Iran et le reste du monde, les discussions en cours laissent penser qu’à terme des relations commerciales normales vont être rétablies avec ce pays". L’organisme met en avant le potentiel du marché iranien (80 millions d’habitants), sa population "jeune et formée" qui porte "un intérêt pour les produits occidentaux". "Le pays possède, en outre, des industries diverses (acier, textile, meubles, pétrochimie) et de grandes réserves d’eau et de pétrole", explique aussi le document présentant la future mission. Ce sont surtout les secteurs pharmaceutiques, de la construction ("un immeuble sur trois à Téhéran est en chantier"), de biens d’équipement, mais également des produits de consommation ou alimentaires de base qui sont ciblés par la mission.


Explosion des exportations belges

Elisabeth Vankerckhoven, représentante de Flanders Invest and Trade à Téhéran, conseille aux hommes d’affaires belges de rester "patients" mais "optimistes" en Iran. "Il est important de créer des contacts, même dans des secteurs qui tombent encore sous le joug des sanctions", expliquait-elle récemment lors d’un exposé à Bruxelles.

En fait, l’un des gros freins actuels provient des banques. La plupart des établissements bancaires iraniens sont touchés par les sanctions, paralysant une majorité des transactions commerciales de ou vers l’étranger. Ce qui n’a pas empêché les exportations belges vers l’Iran de bondir de 276 % sur les sept premiers mois de l’année 2013. En juin, l’élection de Hassan Rohani à la présidence iranienne a, de plus, rendu la République islamique "beaucoup plus fréquentable".Raphaël Meulders

Sur le même sujet