Michael O'Leary : "Le plan d'aide aux compagnies belges ne passera pas"

"Mais si c'est le cas,nous serons dans la longue file des compagnies qui vont porter plainte", explique le patron de Ryanair.

Raphael Meulders
Michael O'Leary : "Le plan d'aide aux compagnies belges ne passera pas"
©BELGA

Michael O'Leary, le patron de Ryanair, était de passage ce mercredi matin à Bruxelles pour faire le point sur les premiers vols de sa commpagnie qui décolleront ce 27 février depuis Zaventem. D'après la compagnie, 25% des places sont ainsi déjà réservées pour le mois de mars sur l'ensemble des dix nouvelles destinations depuis Brussels Airport. Ryanair s'attend à remplir ses avions à hauteur de 80%. Le patron irlandais est aussi revenu sur l'enquête d'une instance européenne accusant sa compagnie d'utiliser “massivement” des faux indépendants (voir LLB de ce mercredi). “Chaque jour il y a un comité qui veut enquêter sur nous. Air france, Lufthansa font appel à des pilotes indépendants. Pourquoi s'intéresse-t-on à Ryanair ? Les médias sont sans doute le secteur qui emploie le plus d'indépendants en Europe et on n'en parle pas. Mais quand c'est Ryanair, il faut enquêter”

Michael O'Leary reconnait toutefois que sa compagnie fait appel à beaucoup de pilotes au statut de “contractor” ( soit non employé). Pourquoi ? Ses travailleurs doivent pouvoir être "rapidement mobiles, répond-il. “On a par exemple fermé une base à Maastricht et on peut plus facilement amener notre staff vers Zaventem. Ce système nous l'utilisons depuis 25 ans et nous continuerons à le faire dans les 25 prochaines années, en plein concordance avec les règles européennes. On ne peut pas être la plus grande compagnie en Belgique et en Europe sans respecter les lois”, poursuit le patron irlandais. Toujours “en concordance avec les lois”, le personnel engagé à Zaventem aura un “contrat irlandais, avec des impôts payés en Irlande, mais des taxes sociales payées en Belgique”. Compliqué, mais “c'est l'Europe qui le veut.”

"Nous ne quitterons pas Charleroi”

Avec plus de 6,5 millions de passagers attendus en 2014 (plus de 5 millions à Charleroi et 1, 5 million à Zaventem) Michael O'Leary annonce que Ryanair va devenir “la plus grande compagnie en Belgique devant Brussels Airlines”. La compagnie irlandaise s'attend toutefois à une “légère” baisse de passagers à Charleroi. “Mais on sera toujours au-dessus des 5 millions de passagers. Je ne crois pas trop à un transfert des passagers de Charleroi à Bruxelles. Il n' a d'ailleurs pas de possibilité qu'on quitte Charleroi, qui restera meilleure marché vu les taxes élevées de Zaventem. Charleroi, c'est une "success story". Nos passagers aiment utiliser cet aéroport et on continuera à se développer dès septembre prochain”. D'ici cinq ans, la compagnie irlandaise prévoit de transporter 3 et 5 millions annuellement à Zaventem et 7 à 10 millions de passagers à Charleroi. “Pendant ce temps-là, la 'Lufthansa locale' (Ndlr : le surnom que M. O'Leary donne à Brussels Airlines) sera tombée à 2 millions et perdra toujours de l'argent”.

“Nous porterons plainte contre le plan d'aide aux compagnies belges, s'il passe”

Le bouillant patron irlandais a aussi taclé lourdement le plan d'aide d'Etat pour les compagnies belges. Pour rappel, ce plan (19 millions d'euros) vise à soutenir les compagnies aériennes belges (Brussels Airlines, Jetairfly et Thomas Cook), via un système de “ristourne” sur les frais de sécurité à Zaventem. “Je ne comprends pas ce plan : Brussels Airlines n'est pas une compagnie belge mais allemande, car elle est contrôlée entièrement par Luffthansa (NdLR : actionnaire à hauteur de 45% de Brussels Airlines). L'histoire des compagnies subsidiées en Belgique et en Italie n'est pas brillante : plus elles reçoivent de l'argent de l'Etat, au moins elles font les changements fondamentaux nécessaires. C'est aussi intéressant de constater qu'à Bruxelles, la capitale de l'Europe qui lutte contre le subsides d'Etat, on essaye par tous les moyens de faire passer ce type de plan pour permettre à Lufthansa (sic) de continuer à voler depuis Zaventem”

Selon le patron irlandais, ce plan est “clairement discriminatoire”. “Il n' y a aucune chance qu'il passe d'un point de vue légal. On l'a vu en Grèce ou au Portugal, ce type d'aides a été recalé par les instances européennes. Mais si ce plan passe, nous serons dans la longue file des compagnies qui vont porter plainte. Mais bon, cette aide, cela reste si peu comparé à ce que Brussels Airlines perd chaque année. Cela ne les rendra pas rentable”.