SNCB: Pourquoi l’usager payera plus cher

Les contrats de gestion de la SNCB et d’Infrabel sont en cours de préparation. Ils pourraient courir sur dix ans, au lieu de cinq. Selon un professeur d’économie, les prix des billets de train augmenteront à moyen terme. Jo Cornu, le nouveau CEO de la SNCB, espère en tout cas jouir de plus de liberté tarifaire.

SNCB: Pourquoi l’usager payera plus cher
©B. Didier
Antoine Clevers

Au pas de charge. La confection des deux nouveaux contrats de gestion du groupe SNCB – pour l’opérateur SNCB et pour le gestionnaire de réseau Infrabel – se poursuit à un rythme effréné. Parmi les idées sur la table : des contrats valables dix ans, contre cinq ans actuellement, afin d’offrir une plus grande stabilité aux entreprises, notamment dans la perspective de la libéralisation du transport national des voyageurs en 2019.

“Effectivement, on a prévu la possibilité d’avoir des contrats dont la durée pourrait être fixée entre cinq et dix ans” , nous confirme le cabinet du ministre des Entreprises publiques, Jean-Pascal Labille (PS). “Il s’agit de tenir compte du besoin pour ces entreprises publiques d’avoir une certaine prévisibilité sur les investissements à venir.  C’est au même titre que l’on s’est accordé sur la mise en œuvre d’un PPI coulissant”, c’est-à-dire un plan pluriannuel d’investissements 2013-2025 révisable tous les cinq ans.

Les contrats de gestion en vigueur portent sur la période… 2008-2012. Ils ont été prolongés à plusieurs reprises. Un quatrième avenant a été publié au Moniteur belge en début d’année. Mais les choses traînent. Et, si l’objectif initial dans les rangs gouvernementaux était de boucler les nouveaux contrats avant la fin de la législature, il est pratiquement acquis que ça ne sera pas le cas.

Retard et lenteur

Le cabinet Labille ne s’en cache pas. “Dans les faits, ce n’est pas réaliste.”

“La rédaction des contrats n’a même pas encore commencé”, nous glisse une source interne au groupe SNCB. “Le SPF Mobilité, qui travaille en étroite collaboration avec le cabinet Labille, n’a toujours pas reçu l’ordre de rédaction.” Le comité de gestion de la SNCB n’a pas non plus encore été informé de l’état d’avancement des travaux.

La confection des contrats de gestion est un chantier vaste et complexe. Ces textes définissent les missions de service public des deux entreprises ferroviaires, édictées en concertation avec le gouvernement. Parmi les enjeux importants, on y retrouvera très certainement la sécurité ou le grand défi de la ponctualité.

Mais ce qui a surtout retardé la mécanique, c’est la réforme des structures du groupe SNCB. Le gouvernement avait logiquement voulu attendre sa mise en œuvre avant de mettre le turbo sur les contrats de gestion. “Il fallait que les nouvelles entreprises soient en place et qu’elles adoptent leur plan d’entreprise (ce qui n’est pas une étape anecdotique)”, explique le porte-parole de Jean-Pascal Labille.

Parmi les différents bouleversements que cela entraîne, il y a le contact entre Infrabel et l’usager qui devient inexistant (l’activité d’information est exclusivement aux mains de la SNCB). Les deux entreprises ont aussi dû se partager la dette historique du groupe, logée jusque-là dans la Holding. Le gestionnaire a hérité de 45 % du gâteau (1,8 milliard d’euros), le solde revenant à la SNCB (2,2 milliards). Pour Infrabel, par exemple, cela implique un coût annuel lié à la charge de la dette oscillant entre 50 et 70 millions d’euros… Les deux entreprises doivent donc être en mesure d’assurer leur pérennité financière. Et cela devra apparaître dans les contrats de gestion.

L’effet Cornu

Il ne faut pas non plus négliger l’effet Jo Cornu, le nouveau grand patron de la SNCB. Avec son souhait de réduire le nombre de directions générales. Son souhait de créer une DG commerciale. Son souhait de pouvoir jouir d’une plus grande flexibilité dans la tarification des billets de train. Son souhait, aussi, de réévaluer certains éléments de service public comme la première classe ou l’instauration du wi-fi partout. Etc.

Enfin, last but not least, le ministre Labille ainsi que la SNCB et Infrabel préparent une convention de transport. Elle portera sur l’exécution des missions de service public et définira les tâches exactes des deux entreprises ferroviaires afin d’éviter, comme on l’a trop souvent vu dans le passé, qu’elles ne se rejettent la faute. “Tout est dans tout”, nous dit un observateur. Contrat de gestion et convention de transport sont liés.

Bref, il y a du pain sur la planche. “Vu le temps qu’il reste avant la fin de la législature, je ne souhaite pas m’enfermer dans un timing strict”, disait mardi à la Chambre M. Labille, interrogé par des députés à propos des futurs contrats de gestion. “Mais vous pouvez être assuré que je mettrai tout en œuvre pour que les entreprises disposent d’une feuille de route pour les années à venir.” Comprenez : leur donner des balises saines pour affronter l’avenir à court terme en cas de nouvelle (longue) crise politique post-électorale…



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