Brussels Airlines riposte à Ryanair

La compagnie belge muscle son réseau européen.

Slits Vincent
Brussels Airlines riposte à Ryanair
©Clou

En près d’une heure et demie de conférence de presse, Bernard Gustin, CEO de la compagnie belge Brussels Airlines, aura réussi jeudi le tour de force de ne citer qu’une seule fois le nom de Ryanair. Et encore, du bout des lèvres. Pourtant, l’offensive de la compagnie low-cost irlandaise - qui a fait sensation il y a quelques semaines en annonçant son arrivée à Bruxelles-National - est depuis l’objet de toutes les conversations sur le tarmac de Zaventem. Au point que certains observateurs se posent des questions sur la survie à terme de Brussels Airlines dans un contexte de guerre des prix.

Brussels Airlines avait fait preuve d’une relative discrétion ces dernières semaines. Après le choc qu’a constitué pour l’aéroport et son premier client l’annonce de Ryanair, Brussels Airlines a préparé, dans la discrétion, la riposte, dont les grands axes ont été dévoilés hier devant la presse. Une riposte ambitieuse, déterminée, risquée, diront certains. Car face à la stratégie très agressive de son concurrent, Brussels Airlines n’entend pas baisser pavillon. Au contraire : les plans sont à l’expansion en Europe, la plus importante de l’histoire de la compagnie née sur les cendres de la défunte Sabena. Au total, la compagnie compte ouvrir pour la prochaine saison d’été neuf nouvelles destinations (Ajaccio, Athènes, Bari, Bastia, Cagliari, Figari, Malte, Montpellier et Séville). Retour également en Pologne avec des vols toute l’année vers Cracovie et Varsovie. Enfin, les fréquences seront augmentées sur Florence, Palerme, Marseille, Catania et Madrid.

"Un plan ambitieux"

Au total, Brussels Airlines offrira à ses passagers 400 000 places supplémentaires grâce à l’arrivée de deux Airbus A 319 supplémentaires cet été. A terme - c’est-à-dire à l’horizon 2016 -, Brussels Airlines harmonisera complètement sa flotte qui ne comptera plus alors que des Airbus A 319 et A 320 (une trentaine au total), ce qui permettra de réduire les coûts. A ce moment-là, Brussels Airlines pourra dire adieu à ses Avro, héritage de l’ex-DAT. "C’est un plan ambitieux et difficile qui nécessitera un investissement de 100 millions d’euros sur trois ans et qui a été soutenu par nos actionnaires (NdlR : Lufthansa à 45 %)", a expliqué hier Bernard Gustin. Qui ajoute : "La solution de facilité aurait été, il y a deux ans, de mener une restructuration lourde en réduisant la taille de l’entreprise de 30 %. Nous serions peut-être même bénéficiaires aujourd’hui. Mais je suis persuadé que cette approche à court terme nous aurait condamnés à une mort lente."

Offensive donc sur les destinations en Europe - qui impliquera l’engagement d’une cinquantaine de personnes cet été - mais Brussels Airlines entend aussi répondre à Ryanair sur son propre terrain : celui des prix en répétant certaines opérations spéciales très agressives sur les tarifs. "Brussels Airlines entend être une compagnie à bas tarifs moderne mais nous n’abandonnerons jamais la dimension du service. Nous devons traiter nos passagers comme des invités", a ajouté Bernard Gustin pour qui Brussels Airlines s’adresse à la fois à une clientèle "business" et de tourisme. "Notre pays a besoin d’une compagnie nationale forte", a encore précisé le patron de Brussels Airlines, insistant sur la nécessité de renforcer le rôle de "hub" de Bruxelles.

Brussels Airlines sera donc confrontée à un triple défi sur l’Europe : augmenter le taux d’occupation - 70 % en 2013 - dans des avions demain de plus grande capacité, tout en dégageant une rentabilité opérationnelle malgré une plus grande agressivité commerciale. Quadrature du cercle ? Brussels Airlines n’a en tout cas pas d’autre choix que de réussir…